Altos souples, violoncelles soyeux, clarinettes rustiques, flûtes volubiles : dès la charmante et virtuose ouverture Dans le royaume de la nature de Dvořák, l'Orchestre royal du Concertgebouw fait montre de ses qualités dans la Salle Henri Le Bœuf du Palais des Beaux-Arts. Si la formation amstellodamoise est régulièrement de passage à Bruxelles, c'est la première fois qu'elle se produit ici sous la direction de Santtu-Matias Rouvali, qui va poursuivre ce début de programme en Bohême avec l’injustement négligé Concerto n° 1 pour violoncelle et orchestre de Bohuslav Martinů.

Santtu-Matias Rouvali © Marco Borggreve
Santtu-Matias Rouvali
© Marco Borggreve

Né moins d’un demi-siècle après Dvořák, celui-ci est clairement issu du même terreau musical que son aîné. La musique coule pareillement de source chez ces deux auteurs, même si le cadet pimente cette œuvre de 1930 de rythmes et d’harmonies qui sont bien ceux de son époque. On n’aurait pu rêver meilleure soliste que Sol Gabetta dans cette partition qu’elle aborde avec un entrain et un enthousiasme irrésistibles, pouvant compter sur le soutien aussi brillant que déterminé de l’orchestre et de son chef à la battue claire et souple.

pbl
pbl

Comme elle est digne et touchante, comme elle sait chanter dans cette magnifique et ininterrompue mélopée qu’est l’« Andante moderato » où son violoncelle déploie tous ses sortilèges ! Dans une cadence à la fois mesurée et passionnée, Sol Gabetta atteint à une véritable profondeur dans un magnifique dialogue avec le sobre et sensible alto de Santa Vižine. Dans le finale, servi à la perfection par une soliste dont la fine sensibilité impressionne tout autant que son archet bondissant et sa justesse parfaite, Martinů opère un mariage parfaitement réussi entre le lyrisme tchèque et l’impertinence du Paris des Années folles. Après avoir entendu cette œuvre si convaincante, on se demande vraiment pourquoi elle ne figure pas plus régulièrement aux programmes de nos concerts.

La même question pourrait d’ailleurs être posée à propos du rare Jeu de cartes, « ballet en trois donnes » écrit par Stravinsky en 1936 et créé en 1937 par l’American Ballet de George Balanchine à New York. On y retrouve le néo-classicisme assez particulier du compositeur où les formes héritées du passé (comme les marches qui ouvrent chacune des trois donnes) sont délibérément détournées pour déboucher sur un néo-baroque assaisonné de piquantes dissonances. Rouvali aborde cette musique sans la moindre lourdeur et avec un constant souci de la transparence orchestrale.

pbl
pbl

Lorsqu’il s’agit de souplesse, de ductilité et de transparence, l'Orchestre du Concertgebouw n’a que bien peu de rivaux et il va le démontrer, une fois de plus, dans la deuxième suite de Daphnis et Chloé qui clôture le programme. Sous la subtile direction de Rouvali, les murmures irisés du « Lever du jour » semblent magiquement s’extraire de la nuit avant d’en arriver à un éblouissant soleil. La « Pantomime » est non moins réussie, avec l'enchanteresse flûte de Kersten McCall, à la sonorité pleine et charnue et au phrasé magnifiquement galbé.

Le chef conclut en beauté par une « Danse générale » à la fois parfaitement maîtrisée mais sans raideur où toutes les sections de l’orchestre sont éblouissantes de virtuosité, avec mention spéciale pour les bois et les percussions.

*****