La Basilique Saint-Marie-Madeleine de Vézelay trône majestueusement au sommet de la rue Saint-Pierre, artère principale de la ville. Le site est exceptionnel à plus d’un titre : haut lieu de pèlerinage du fait de la présence de reliques de la sainte qui lui donne son nom, la basilique est également un monument à l’architecture remarquable, avec des personnages sculptés étonnamment fins et élancés sur les chapiteaux de l’église et le tympan de sa façade, qui lui vaut d’être classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Pendant les Rencontres musicales de Vézelay, elle gagne une troisième distinction en tant que lieu des concerts du soir, en conclusion de journées bien remplies. Les dimensions généreuses de la nef donnent une acoustique exigeante pour les chanteurs : ils peuvent certes exploiter un potentiel de résonance infini, mais doivent se méfier de l’écho brumeux des pierres. La gageure est relevée haut la main par les deux ensembles entendus sur place.

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Le public de la Basilique attend le début du concert des Métaboles avec l'Orchestre de Metz © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Le public de la Basilique attend le début du concert des Métaboles avec l'Orchestre de Metz
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet

Samedi soir, Les Métaboles proposent un programme en forme de progression contemplative sous la direction de leur chef Léo Warynski. Après les Litanies à la Vierge noire de Poulenc, au cours desquelles les pupitres féminins se distinguent par leur capacité à suggérer tout un nuancier de lamentations, de la résignation éplorée à l’incompréhension désespérée, le chœur fait évoluer l’émission du son en cherchant comme une forme de chant originel dans le Te Deum d’Arvo Pärt. Le chant s’éloigne de tout maniérisme esthétique pour atteindre une sorte d’épure désincarnée poignante. L’Orchestre national de Metz Grand Est joue quant à lui à merveille son rôle schizophrène dans les deux œuvres, entre nappes sonores statiques et motifs rythmiques obsédants, avec des timbales orageuses chez Poulenc.

Après les respirations de Guard my tongue de Julia Wolfe, où Les Métaboles a cappella font preuve d’une homogénéité remarquable, les forces en présence sont rejointes par l’Africa Lyric Choir pour les Chichester Psalms de Bernstein. La déflagration du premier mouvement fait voler en éclat l’élévation spirituelle pure atteinte alors, pour y insuffler une joie, comme une libération. La précision des attaques des percussions et des cuivres de l’orchestre permet de garder un semblant de structure dans ce passage qui atteint les limites acoustiques de la nef. Après un deuxième mouvement planant avec un magnifique solo du contre-ténor Julien Freymuth, exploitant intelligemment les résonances de la basilique, la fusion des deux chœurs sublime la formule hymnique irrésistible du finale.

Léo Warynski dirige l'Orchestre national de Metz Grand Est et Les Métaboles © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Léo Warynski dirige l'Orchestre national de Metz Grand Est et Les Métaboles
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
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La veille, l’ensemble Aedes fêtait ses vingt ans avec « Résonances », programme a cappella réunissant une sélection d’œuvres qui ont marqué la vie du chœur. On peut également prendre le mot au pied de la lettre, quand la première syllabe de « Warum » résonne encore après la fin du mot dans Warum ist das Licht gegeben dem Mühseligen ? de Brahms, insistant habilement sur l’incompréhension du locuteur. Est-ce l’attachement d’Aedes aux morceaux choisis qui participe à la définition de ce concert bouleversant ? Toujours est-il qu’il se dégage de l’ensemble une ferveur envoutante, qui culmine dans la Messe pour double chœur a cappella de Martin.

La précision des sopranos dans les intervalles périlleux de la Messe en sol de Poulenc, leur complémentarité naturelle avec les altos et la présence de basses solides fait presque oublier un pupitre de ténors plus discret, mais d’une subtilité coloriste à tomber. La troisième des Quatre petites prières de saint François d’Assise de Poulenc met en lumière son lyrisme sensible. Sous la direction de son chef Mathieu Romano, Aedes fait également preuve d’une narrativité inventive grâce à un vibrato très parcimonieux et une conduite des phrases finement élaborée. Elle se déploie dans la pureté de « Rosa mystica » de Britten, et plus encore dans les Trois poèmes d’Eichendorff de Hersant, nimbés d’une couleur de légende néo-médiévale particulièrement suggestive. Pas de doute, Aedes a la vingtaine éclatante et l’avenir devant lui !

Mathieu Romano dirige l'ensemble Aedes à Vézelay © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Mathieu Romano dirige l'ensemble Aedes à Vézelay
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet


Le voyage de Pierre a été pris en charge par les Rencontres musicales de Vézelay.

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