Un beau voyage auquel nous conviaient Alan Woodbridge et son chœur des femmes du Grand Théâtre de Genève : L’Ave Maria de Gustav Holst, compositeur qui eût une influence notoire auprès de Benjamin Britten dont on aura apprécié le fameux Ceremony of Carols et la Missa Brevis in D, ainsi qu’un invité un peu insolite, Giuseppe Verdi, et ses Laudi alla vergine Maria.  

© Samuel Rubio
© Samuel Rubio

Fort d’une petite vingtaine de choristes sous la direction sensible d’Alan Woodbrige, le groupe fait briller les timbres chauds et charnus de l’ensemble genevois qui depuis peu, propose des rendez-vous réguliers hors de la saison d’opéra, afin d’en apprécier les talents.

Composée en 1959 pour la Cathédrale de Westminster et son chœur, avec un accompagnement d’orgue, la Missa Brevis in D, op. 63 est une œuvre poignante, habile dans son écriture assez moderne, sans être ardue. Le Kyrie paré de belles couleurs s’enchaîne sur un Gloria très dynamique, rehaussé d’un orgue dont on a adjoint une partie de harpe, qui n’existe pas dans la partition originale, renforçant l’aspect rythmique et dansé de l’œuvre. Et si le Sanctus paraît un brin terrestre avec des aigus plus que charpentés, le Benedictus offre un moment d’intense concentration avec la belle voix chaude de Mi-Young Kim reprise par la soprano Fosca Aquaro. L’ajout de la harpe est particulièrement intéressant dans l‘Agnus Dei, renforçant les couleurs finales d’une œuvre qui ne manque pas de charme et offrant un beau pendant à la fameuse Ceremony of Carols.

Composée en 1942, Ceremony of Carols est l'une des œuvres incontournables du compositeur, tant par sa justesse stylistique, son atmosphère et l’indéniable émotion que suscite l'accord des voix et de la harpe.

Le « Wolcum Yole » introductif, massif, fait place à un « There is no Rose » plus inspiré. C’est avec « That yongë Child » que la noirceur toute brittenienne envahit la salle rappelant les plus belles pages et ambiances telles que celles de Peter Grimes ou du Turn of the Screw. « Oh my dear Heart » est intense avec une soliste au timbre splendide et à la vocalité adaptée. Et si le « This little Babe » est solide, il manque de lumière dans son accord final, le tout paraissant un peu tassé.

Moment de grâce particulier lors de l’interlude à la harpe solo de Geneviève Chevallier, restitué dans son urgence et sa grâce quasi médiévale : on perçoit la sensibilité à fleur de peau, la nostalgie distillée par le génie de Britten alliant une mélodie toute simple et des harmonies ambigües suscitant l’émotion.

Le « In Freezing Winter Night », tendu harmoniquement, reflète un des défauts récurant du concert : offrant des forte saturés au son quelque peu plaqué, on aurait apprécié le simple effet des frottements harmoniques qui suffirait à dispenser cette ambiance si pénétrante.

Si le « Spring Carol » manque de candeur de la part des deux solistes, le « Deo gracias » manque de transparence. Plus encore que dans la Missa Brevis, on reste en attente d’une certaine innocence dans cette Ceremony of Carols. Les voix sont belles, presque trop oserait-on dire ! L’écriture est assez simple, mais les harmonies requièrent idéalement plus de limpidité pour restituer une atmosphère médiévale anglaise, qu'il est certainement plus aisé de rendre avec un chœur d’enfants ou un chœur amateur de bon niveau.

En ce qui concerne le Verdi à quatre voix solistes, il se révèle assez trapu avec un texte pâteux et des chromatismes plus hasardeux. Quant au Gustav Holst, il met en exergue la voix céleste de Chloé Chavanon et le timbre charnu de Mariana Vassileva-Chaveeva qui pare sa ligne des couleurs boisées d’une voix splendide.

Indéniablement on aura apprécié lors de ce concert l’homogénéité et la pâte sonore de l’ensemble, mais on aura parallèlement pu regretter des voix plus diaphanes qui auraient rendu les frottements harmoniques plus tranchants et une couleur plus proche du simple attrait de la harpe et des lignes tendant à l’épure composées par Britten. Après l’écoute d’un tel concert, il n’est pas évident qu'un chœur d'opéra soit l’interprète idéal de la musique chorale de Britten. Une affaire d’esthétique certainement et de point de vue : chacun pouvant défendre le sien, et Alan Woodbridge releva ce challenge de manière convaincue.