Alors que la semaine de la mode vient de se terminer à Paris, c’est l’Opéra Comédie de Montpellier qui avait ce soir une allure de podium de défilé. Pourtant pas de grand nom de la couture à l’affiche mais plutôt une œuvre rare et ô combien délicieuse de Jules Massenet : Chérubin.

© Marc Ginot
© Marc Ginot
Créée en 1905 à l’Opéra de Monte-Carlo, l’œuvre présente l’image de l’insatiable séducteur qui s’enivre auprès de toutes les femmes. Finalement, parce que la morale doit triompher, le fougueux Chérubin se range au coté d’une jeune fille (Nina) qui n’attendait que lui. Saluons la magnifique initiative de l’Opéra National de Montpellier de présenter cette partition rare en ouverture de sa nouvelle saison lyrique.

La mise en scène présentée par Juliette Deschamps a le mérite d’être véritablement engagée et cohérente sur la durée de l’œuvre. Sur le plateau, c’est une sorte de maison stylisée et colorée en forme de boîte à chaussure qui sert de décor unique à cette mise en scène. Des parasols, un plongeoir de piscine en arrière-scène, deux grandes tables et des bancs complètent cette scénographie délicieusement « vintage ». Les costumes très travaillés de Vanessa Sannino sont très fantasques et burlesques. Les couleurs sont vives, les formes et les matières sont mélangées avec talent. Jusque là tout allait bien.

Juliette Deschamps joue la carte de l’ambiguïté sexuelle des personnages. En effet, Chérubin est un jeune homme chanté, comme souvent à l’opéra, par une femme. Qu’à cela ne tienne, la metteur en scène fait porter au protagoniste principal un smoking avec des talons et des cheveux longs. Tous les autres personnages sont également affublés de costumes ou d’une gestuelle ambiguë. Exit les stéréotypes de la masculinité, tous les chanteurs hommes sont à la limite de l’autre sexe. Pour exemple, le philosophe est ici vêtu d’un tutu avec une veste de smoking.

© Marc Ginot
© Marc Ginot
Très vite, le spectacle tourne au défilé et l’on comprend que le visuel devra l’emporter sur l’auditif. Tous les personnages sont paralysés d’une gestuelle peu naturelle et qui manque cruellement de spontanéité. Les bras sont souvent statiques, en l’air. Les bustes droits et la démarche digne d’un podium. Surtout, l’œil est constamment attiré vers des chorégraphies au demeurant agréables mais qui n’apportent pas grand chose (si ce n’est pour servir cette esthétique très « couture ») à la trame dramatique.

Côté musique, la distribution manque pour beaucoup d’homogénéité. Dans de pareilles circonstances, le Chérubin de Marie-Adeline Henry vole la vedette à tous les autres protagonistes. Elle offre en effet une interprétation séduisante et justement engagée du rôle. Chérubin semble parfait pour sa voix : ni trop aigu, ni trop bas. Ainsi, l’amplitude du rôle est assurée de manière très homogène. L’articulation est quelque peu perfectible mais le style est plaisant. En soi, une très belle prise de rôle.

Autre belle découverte, le philosophe chanté par Igor Gnidii a pour lui une belle technique et une projection assurée. L’articulation est étonnement claire compte tenu du fait que le chanteur est ukrainien. L’ancien membre de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris séduit et assure le côté espiègle et faussement comique du rôle.

Le reste du casting n’enchante pas vraiment. Saluons l’honnête performance de la Nina de ce soir, chantée par la toute jeune Norma Nahoun qui pourra gagner en assurance. L’Ensoleillad de Çigdem Soyarslan est justement attachante dans ses scènes de duo avec Chérubin. Aucun des autres rôles ne se distingue particulièrement en positif ou en négatif.

L’Orchestre National de Montpellier placé sous la direction de Jean-Marie Zeitouni n’apparaît pas dans sa forme des grands soirs. Le tout manque quelque peu de précision et de netteté. Les tempi sont cependant entraînants et le spectacle avance avec une bonne dynamique. Enfin, les chœurs maison sont aussi peu convaincants du fait d’un manque d’engagement criant.

En définitive, c’est une timide ouverture de saison qui lance une nouvelle ère à l’Opéra National de Montpellier. Nouvelle direction, nouvelle équipe et une prise de risque à saluer. L’audace d’avoir monté ce Chérubin, que beaucoup ont découvert ce soir, vaut déjà toutes les félicitations.