L’invitation annuelle lancée aux Violons du Roy par le Festival d’opéra de Québec nous a valu un millésime d’exception avec la venue d’une artiste d’une incomparable distinction. Pour cette rare apparition canadienne, Véronique Gens a puisé dans son répertoire de prédilection, l’opéra français du XVIIIe siècle, en plus d’œuvres de Mozart, Haydn et Beethoven. Si le premier extrait chanté par le soprano, « Quels doux concerts » d’Hippolyte et Aricie, nous a quelque peu fait craindre pour la suite, la voix peinant à trouver ses aises et à bien rester accrochée, les autres airs au programme ont été exécutés avec un brio et un raffinement sans pareils. L’artiste déploie une voix arrivée à maturité, parée de mille couleurs, ronde dans les moments de tendresse, impérieuse et véhémente dans les accès de rage (dans « Jupiter lance la foudre » d’Iphigénie en Aulide par exemple). Le port altier, Véronique Gens incarne, avec une diction acérée et une intensité toujours contrôlée, les héroïnes du répertoire baroque et classique. Mieux, elle est Clytemnestre, Phèdre, Armide. Se jouant des difficultés techniques, la soprano livre avec une remarquable précision les passages les plus difficiles de Ah! Perfido! ou de l’air « Enfin il est en ma puissance » d’Armide de Gluck. Le contrôle du souffle est exemplaire, permettant les plus subtiles nuances, et l’ornementation, réalisée avec goût (le da capo dans « Cruelle mère » d’Hippolyte et Aricie par exemple), sans jamais tomber dans l’outrance.

Véronique Gens © Alexandre Weinberger | Virgin Classics
Véronique Gens
© Alexandre Weinberger | Virgin Classics

Habile accompagnateur, le chef Jonathan Cohen est un partenaire idéal pour Gens, mais suscite quelques réserves en ce qui concerne le reste du programme. Le musicien, que nous avons hautement apprécié en d’autres occasions, possède d'évidentes qualités. Son style, vivant et éloquent, fait florès dans les mouvements lents, comme dans le deuxième Interlude de Thamos König in Ägypten de Mozart (œuvre rare et des plus intéressantes) ou dans les extraits des Boréades ou de Dardanus.  Étranger à la direction exagérément astringente de certains chefs de musique ancienne, Cohen a tendance, au contraire, à lisser le discours jusqu’à lui faire quelque peu perdre son impact rythmique. Dans la section rapide de l’Ouverture d’Hippolyte et Aricie, par exemple, le chef, comme en apnée, sculpte de longues, très longues phrases, jusqu’à gommer quelque peu les contours de certains motifs. Cette direction éminemment horizontale, ce geste peut-être un peu trop feutré – au contraire de chefs plus telluriques – a également comme désavantage d’occasionner plus d’imprécisions que ce à quoi les Violons du Roy nous ont habitué, notamment dans les entrées. 

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