L'Orchestre de la Suisse Romande, fier de ses 100 ans dignement fêtés, revenait mercredi 5 décembre au Victoria Hall avec un programme entièrement dédié à Robert Schumann. Ce retour au répertoire germanique marquait également le retour de Marek Janowski, ancien directeur musical et artistique de la maison entre 2005 et 2012.

Marek Janowski © Felix Broede
Marek Janowski
© Felix Broede

Après une semaine très variée, moderne et envoûtante, ce concert est un retour à la grande tradition avec un Marek Janowski dont on avait oublié l’aura. On est cependant saisi dès son arrivée sur le podium : concentré, sans effusion, il entre dans le vif du sujet très rapidement. Sa direction est minimaliste et efficace, due à un geste sûr générant un son compact, ramassé. 

La Symphonie n° 1 de Schumann dite « Le Printemps » sera dense, comme en atteste un « Andante un poco maestoso » passablement majestueux dans son introduction. La suite du mouvement met en exergue les belles ondulations du pupitre d’alto ainsi que le dialogue entre les cordes. Le lyrisme sera à l’honneur dans toute l’œuvre et on appréciera, outre la très belle homogénéité des pupitres, une belle brillance aux cuivres. 

Le « Larghetto » met en lumière un pupitre de violoncelle suave au chant étiré impeccablement. On est tout autant charmé, dans le scherzo, par une clarinette rayonnante et une flûte séraphique. Malheureusement, le finale met à mal l’homogénéité du pupitre de premiers violons et souffre d’une massivité sans concession qui finit par lasser. 

S’ensuit le Concerto pour violoncelle en la mineur, avec Wolfgang Emanuel Schmidt en soliste. L’œuvre ravit plus d’un mélomane tant par les qualités musicales du soliste que par l’attention du chef, qui préserve à merveille l’équilibre délicat entre soliste et orchestre. Quel étonnement après une symphonie si massive !

S’il ne faut retenir qu’un moment parmi la très belle interprétation de ce concerto, citons le duo entre le soliste et le violoncelle solo de l’orchestre, lors d’un moment de poésie superbe. Le lyrisme simple, rayonnant du soliste s’accorde parfaitement à celui de son homologue. On apprécie ce vibrato naturel, chantant du soliste, qui n’ajoute aucun effet superflu et offre un Schumann serein, superbement coloré. Par son homogénéité et ses couleurs sombres, le violoncelle de Schmidt est un bonheur, sans rugosité ni effusion inutiles. 

Wolfgang Emanuel Schmidt © Simon Pauly
Wolfgang Emanuel Schmidt
© Simon Pauly

Le retour du tutti dans le « Sehr lebhaft » fait entendre un orchestre majestueux et très réactif à un soliste dont la virtuosité est entièrement dédiée à une musicalité sans esbroufe. En rappel, Le Chant des oiseaux de Pablo Casals vient couronner tout en nostalgie la prestation de Wolfgang Emanuel Schmidt.   

Pour clore le programme de cette soirée, Marek Janowski se lance dans la Symphonie n° 4 en ré mineur. L’interprétation convainc ici par l’adéquation entre la direction dense et la forme de la symphonie, plus grandiloquente que la première. Il s’en dégage une belle énergie, qui voit son apothéose au moment du chant du violon de Svetlin Roussev, lors de la ravissante « Romanze ». Le hautbois solo ajoute son lyrisme poétique à l’expressivité du mouvement. Le scherzo retrouve la verve massive caractéristique qui était à l’œuvre dans la première symphonie. Dans l’orchestre soudé et homogène, Janowski surligne des cuivres de feu. Menée par des cordes souveraines, la chevauchée finale du « Lebhaft » est animée par une énergie communicative, quoique bien massive. 

Si ce beau concert aura couronné une vision à l’ancienne des symphonies par Janowski, on se souviendra du lyrisme serein de Wolfgang Emanuel Schmidt dans le Concerto pour violoncelle qui donna un autre visage, simple et souriant, à la musique de Schumann.

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