Comme chaque année, Matthieu Esnult a offert au public basque un récital de grande qualité au cœur de St-Jean-de-Luz, cette fois-ci au côté de son ami violoniste Yury Revich. Exit Ravel et Massenet annoncés sur le programme principal : le style français moderne sera toujours bien représenté mais enrichi des plumes d’Elgar et Ireland.

Yury Revich et Matthieu Esnult © Matthieu Esnult
Yury Revich et Matthieu Esnult
© Matthieu Esnult

C'est Franck qui ouvre la soirée avec sa Sonate pour violon et piano. Dès l’Allegretto ben moderato, le son chaud et ample du Stradivarius 1709 joué par Yury Revich emplit l’ensemble de l’édifice religieux, généreusement amplifié par son acoustique. Les traits de l’Allegro les plus fortissimo sont malheureusement quelque peu noyés par cet effet. Le récitatif Ben moderato balaye rapidement cette inconvenance, donnant libre court à un vibrato aux palettes de nuances très riches. Les plaintes modales en forme de soupir sont parfaitement échangées par les deux musiciens. 

À la reprise après l’entracte, seules les cloches de l’église viennent troubler le Clair de lune de Debussy, arrangé en version violon et piano. Cette reprise très méditative suspend l’auditoire. Le trio de pièces pour violon et piano qui suit souffrira quelque peu la comparaison avec les amabilités debussystes. The Holy Boy conserve bien des accents modaux, mais provenant plus de son aspect folklorique que d'une réinvention de la modalité ancienne. La Berceuse n’est pas pour autant lymphatique et est exécutée avec beaucoup d’enthousiasme par les deux solistes, au plus près de l’écriture d’Ireland. Enfin la Cavatine prend un aspect galant avec quelques accents de virtuosités - comme les doubles cordes - parfaitement rendus par Yury Revich. La transcription du Salut d’amour d’Elgar trouve une fin moins heureuse, avec des harmoniques difficilement négociées. 

Dernière œuvre du programme, la Carmen Fantaisie de Sarasate vient rappeler que si la paraphrase d’airs connus est une pratique très courante au XIXe siècle, elle ne constitue pas un exercice compositionnel de second plan, loin de là. Les nombreuses performances techniques (octaves, doubles cordes, harmoniques) exigées d’emblée par la partition lors de l’Allegro introductif sont parfaitement exécutées par le violoniste. Quand se termine la Habanera (Moderato), le public - mi-chauvin, mi-enthousiaste - ne contiendra pas cette fois ses applaudissements. Les deux solistes enchaînent sans attendre le retour au calme avec le Lento. Les harmoniques sont cette fois parfaitement maîtrisées, avec la difficulté supplémentaire des glissendi et de nuances. Les deux derniers mouvements n’épargnent pas les poignets des violonistes se risquant sur cette œuvre, mais Yury Revich n'en enchaînera pas moins sans difficulté les très longs et très rapides traits imposés par Sarasate.

L’ovation précèdera le dernier geste des musiciens. Au bout de deux saluts, Yury Revich, avec une détermination et une circonspection toute slave, indiquera au public : « Massenet and that’s all », avant d’entamer la très fameuse Méditation de Thaïs. Les deux jeunes talents auraient mérité d’être applaudis un moment encore. Qu'importe ! Il est certain que leur prestation aura ravi le public basque.