Trois ans après sa précédente tournée en France, le Nederlands Dans Theater est de retour au Palais de Chaillot avec une programmation associant une création récente de la chorégraphe canadienne Crystal Pite et deux pièces de Sol León et Paul Lightfoot, chorégraphes en résidence et co-directeurs artistiques du NDT depuis 2011. Si le travail de Sol León et Paul Lightfoot permet de mettre en évidence la technique contemporaine brillante de la compagnie et une parenté affirmée avec le style de Jiri Kylián, directeur artistique et maître spirituel du NDT pendant trente ans, la création de Crystal Pite est bien plus poignante, tant sur le plan chorégraphique que scénographique.

<i>Safe as Houses</i> © Rahi Rezvani
Safe as Houses
© Rahi Rezvani
Safe as Houses

, créé en 2001 par le duo Sol León et Paul Lightfoot, est une dialectique dichotomique entre tangible et intangible. La binarité du Yi Jing, traité cosmogonique chinois de l’âge antique, qui établit notamment la dualité entre Yin et Yang, avait servi de point de départ à la pièce. Deux mondes en opposition apparaissent alternativement, au fur et à mesure que pivote un panneau sur scène : l’un formé par un trio de danseurs vêtus de noir, l’autre par un groupe de huit danseurs en blanc. La mise en scène est épurée, la chorégraphie oppose des ancrages au sol et des jeux d’équilibre plus aériens, enfin, la musique – arrangement d’extraits de Jean-Sébastien Bach – donne une dimension mystique à la pièce. Cette reprise de Safe as Houses est savamment interprétée par des danseurs tels que Sarah Reynolds, Jorge Nozal ou encore Prince Credell.

<i>In the Event</i> © Rahi Rezvani
In the Event
© Rahi Rezvani

Crystal Pite est depuis 2008 chorégraphe-associée au NDT, pour lequel elle a créé une dizaine de chorégraphies. Son langage palpitant, terrien, évoque de façon frappante les battements de la nature et d’une Humanité animale. In the event, créé en 2015, s’ouvre sur l’émoi suscité par la découverte d’un corps inerte, qu’entoure un attroupement de danseurs. Leurs gestes saccadés, que rythme la partition d’Owen Belton, témoignent d’une émotion intense, viscérale, superbement interprétée par Jon Bond en particulier. Les corps vibrent à l’unisson et forment de longues chaînes humaines parcourues par les mêmes spasmes, les mêmes élans. Une toile de fond éclairée par une lumière ocre qui filtre les ombres des danseurs évoque une fresque murale préhistorique et renvoie à cette Humanité grégaire et antédiluvienne.

<i>Stop Motion</i> © Rahi Rezvani
Stop Motion
© Rahi Rezvani
Stop-motion

, composé en 2014 par Sol León et Paul Lightfoot, est un épilogue moins convaincant. Sur la musique minimaliste de Max Richter, tant utilisée dans le monde de la danse, la pièce explore la question du deuil. Une image animée est projetée sur un écran au-devant de la scène, montrant une jeune fille pâle, bougeant faiblement dans une toilette funéraire. Des couples de danseurs apparaissent, illustrant la maîtrise admirable de la chorégraphie de couple de Sol León et Paul Lightfoot, sans que l’on puisse véritablement rattacher leur langage corporel à cette atmosphère endeuillée. La farine, qui ensevelit les danseurs et leur mouvement dans le blanc du décor, ou l’envol d’une colombe, rappellent seulement par touche la notion de disparition. On assiste néanmoins à un splendide moment de danse, où se détache la grâce irréelle de Roger van der Poel.

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