Pour la rentrée symphonique de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn, la programmation couvrait une large période de l’histoire de la musique et donnait un aperçu de la saison à venir. D’une part la résidence du compositeur Philippe Hersant à Pau dont les œuvres – et notamment une création – seront données dans le cadre des concerts. D’autre part une primauté offerte à la musique française avec notamment le centenaire de la mort de Claude Debussy. Ce premier concert était l’occasion de mettre en avant la harpe (« instrument habituellement caché au fond de l’orchestre ») et le talent de Marion Desjacques, harpiste attitrée de l’OPPB et soliste de la soirée, remplaçant Anaïs Gaudemard ayant annulé sa venue sur Pau quelques jours auparavant.

Fayçal Karoui © JMD
Fayçal Karoui
© JMD

Après une introduction du directeur artistique Frédéric Morando présentant la résidence de Philippe Hersant et l’organisation de la saison, l’ensemble et son chef Fayçal Karoui rentrent dans le vif du sujet sur une scène très contrainte où la place manque un peu, au centre, pour le maestro et la harpe solo. La Danse profane de Debussy fait résonner arpèges et accords parallèles à la harpe sans difficulté pour la soliste. La mise en avant est parfaitement réussie et l’orchestre ne couvre jamais cette dernière qui propose un rubato marqué mais non excessif. Si l'on sent un peu de crispation sur les premiers traits, le rythme nonchalant et bucolique de la Danse sacrée dévoile une harpe virtuose et brillante. L’Antiquité modale de Debussy est exposée avec douceur et sobriété.

L’effectif orchestral s’enrichit des instrumentistes à vent pour la pièce suivante. Non que la musique de Philippe Hersant soit inaccessible sans clef d’écoute, au contraire, mais Fayçal Karoui contextualise brièvement le voyage napolitain du compositeur ayant servi de genèse à son œuvre puis présente avec pédagogie les éléments musicaux de son Tombeau de Virgile construit en plusieurs numéros. L’Antiquité change de langage et devient tonale (ou polytonale) mais se veut plus diffuse dans le temps. La pièce superpose en effet éléments antiquisants et éléments plus modernes comme le choral ou la tarentelle. La harpe s’exprime d’abord seule avec un rythme proche de la prosodie parlée et dans des couleurs parfois orientalisantes. L’emballement progressif de l’orchestre couvre parfois les traits de la harpe. Alors que cette dernière maintient ses motifs archaïsants, des résidus dansants apparaissent aux flûtes. Progressivement, soliste et tutti deviennent synchrones avec de grandes vagues harmoniques. Le travail de Hersant porte aussi bien sur l’histoire, avec des références comme la tierce picarde, que sur la polytonalité et les couleurs, notamment les changements de pédale à la harpe alors que les accords sonnent encore. Les timbres mélangés de la harpe et du xylophone sont des écritures subtiles, comme l’écho des cuivres jouant depuis les coulisses. Ce voyage en Campanie est riche et agréable et l’Antiquité n’est aussi ici qu’un prétexte qui ouvre de nombreuses perspectives.

Pour le bis, Marion Desjacques offre en solo La Bohème de Charles Aznavour décédé au début du mois : le public chantonne le refrain, la larme à l’œil. On reconnaît l’esprit d’ouverture de l’ensemble à d’autres monuments qu’aux seuls compositeurs dits classiques.

La seconde partie offre la Symphonie n° 4 de Schubert. Le chef explore un peu plus les capacités de son orchestre en travaillant notamment sur les nuances de l’« Adagio molto – Allegro vivace » et en accentuant l’aspect épique de cette œuvre dite « tragique ». En grands soupirs dans la direction, il accentue au contraire l’aspect berceur de l’« Andante ». Enchaînant le très court « Menuetto » avec l’« Allegro » final, Fayçal Karoui propose la première explosion fortissimo de la soirée et met en avant son pupitre de cors. Ne dirigeant presque plus avec les mains mais avec le corps, il insiste sur les lignes de force générales, profitant de son orchestre comme d’un seul instrument parfaitement ouvragé et réglé.

En rappel, l’orchestre donne le thème du troisième entracte de Rosamunde de Schubert. Après une première partie plus moderne mais archaïsante, ces œuvres du premier romantisme ont montré leur attachement au style classique. Le temps linéaire s’est effrité toute la soirée pour laisser apparaître innovations, fantasmes et mélanges d’époques. Un concert de rentrée bien réussi.

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