Premier grand rendez-vous lyrique de la saison 2016-2107, le Requiem de Verdi a tonné dans l’Auditorium de Lyon ce jeudi 24 septembre. Entre la transparence de la lumière divine et la foudre du jugement dernier, chœurs, solistes et instrumentistes ont épuisé toute la palette sonore à leur disposition, dans une interprétation résolument belcantiste dictée par la baguette de Leonard Slatkin.

Leonard Slatkin © Donald Dietz
Leonard Slatkin
© Donald Dietz

Si l’Introit démarre comme dans une pénombre, créée par un lever de main très sensible du maestro, la Sequenza ne laisse rien à désirer en matière dramatique : la colère divine du Dies irae nous assène une claque mémorable. Les effets de percussion, les trompettes du Jugement Dernier et le souffle d’une centaine de choristes excellemment préparés par Nicole Corti, Quentin Guillard et Catherine Molmerret entourent le public à la façon d’une sonorisation en Dolby Surround.

Ce n’est pas aux seuls solistes vocaux que Verdi attribue le potentiel de séduction de son Requiem opératique. Les trois flûtes qui enveloppent de leurs caresses les deux solistes de l’Agnus Dei, le basson qui se mêle au trio (« Quid sum miser tunc dicturus »), le hautbois complice du ténor ou les violoncelles chanteurs de l’Offertorium sont la source de très beaux moments.

Parmi les quatre solistes belcantistes, dont le timbre et la technique sont en parfaite adéquation avec le style grandiose de l’œuvre, Tamara Wilson laissera aux Lyonnais un souvenir fort. C’est déjà une très grande voix, spécialiste de Verdi, qui éblouit dans ce Requiem aux accents contrastés. Par moments, elle desserre à peine les lèvres, mais le filet de son qui en émane est si riche d’harmoniques qu’il vibre dans l’air. Ses demi-teintes dans les suraigus sont habitées. Toute opposée, la déclamation dramatique dans les graves (« Libera me, Domine, de morte aeterna ») ne souffre pourtant d’aucun défaut, pas plus que ses interventions d’une puissance à tout balayer, quand la partition la réclame. Tamara Wilson trouve une partenaire d’une intelligence musicale égale dans ses duos avec Jennifer Johnston. Le timbre suave du mezzo-soprano britannique enchante dans ce Recordare comme dans toutes ses parties de soliste : elle aussi maîtrise le grandiose et la délicatesse ! Pour sa part, l’Anglais James Platt, jeune encore mais doté d’une basse noble extrêmement prometteuse, dispose d’atouts flagrants pour ce répertoire. Le ténor Ho-yoon Chung possède un excellent timbre verdien, mais quelques-unes des ses prises de paroles sont tellement chargées d’ornementations ou de portamenti que ces derniers lui font perdre de vue l’essentiel du discours ou l’intonation parfaite, mais c’est peut-être dû à une fébrilité particulière face à cette œuvre extrême.

La joie de chanter Verdi rayonne d’une centaine de gosiers bien formés : Spirito, le Chœur d’oratorio de Lyon et le Jeune Chœur symphonique se sont alliés pour donner la preuve de l’excellence vocale collective sur le site de Lyon. Si quelques harmoniques de l’Introit sont un peu sombres dans certains pupitres (le « dona eis » du début peut paraître facile, mais sa vraie difficulté réside dans l’intonation), on est ravi en permanence de la flexibilité, de la disponibilité et de l’engagement d’un chacun. Le Dies irae, c’est le chœur qui le porte, en explosion vocale ou en chuchotement, il en vient à danser en toute légèreté dans la fugue du Sanctus ou berce les solistes avec un succulent contre-chant, comme dans le Lacrymosa.

La direction de Leonard Slatkin s’apprécie dans ce Requiem de Verdi grâce aux couleurs riches qu’elle dégage : claires-obscures dans la Séquenza, assez nerveuse, puis pastelles dans l’Offertorium, doux, enfin liturgiques, dans le Libera me. Son interaction toute aussi respectueuse qu’exigeante avec les solistes et le chœur, élément-moteur de certains mouvements, est impressionnante à chaque fois que je la vois : c’est l’un de ces chefs qui vous donnent envie de chanter.