Un projet intéressant vient de voir le jour du côté de l’Opéra de Lyon : l’« Opéra itinérant » a pour ambition de sortir des murs de l’institution pour aller à la rencontre des publics des quartiers et communes voisines. Pour favoriser les déplacements et pouvoir donner des représentations en des lieux divers et variés (petits théâtres mais aussi hôpitaux ou lycées), une forme d’opéra-miniature est retenue. Dans le cas de Zylan ne chantera plus, la création de Diana Soh qui inaugure ce concept au Théâtre du Point du Jour en ce mois de novembre, un seul chanteur est accompagné d’un trio d’instrumentistes.

Benoît Rameau dans Zylan ne chantera plus
© Jean-Louis Fernandez

Le livret de Yann Verburgh retient un thème d’actualité – la persécution des homosexuels dans un pays totalitaire – dont on imagine aisément qu’il pourra servir de point de départ à des réflexions en collège et lycée. Le personnage principal est une pop-star montante qui se fait enlever par un commando et torturer, physiquement et psychologiquement, ses ravisseurs exigeant de lui qu’il leur livre l’identité d’autres homosexuels. On pourra objecter qu’il s’agit là d’une énième œuvre choisissant la victimisation à l’heure où les fictions sur petit ou grand écran ont opéré un tournant, tissant des récits autrement plus enthousiasmants (Call Me By Your Name, Sex Education…), mais les arguments ne manquent pas : la mise en abyme du chant et les tensions du récit pourraient constituer le terreau dont ont besoin les chefs-d’œuvre.

Zylan ne chantera plus à Lyon
© Jean-Louis Fernandez

Hélas, Zylan ne chantera plus est desservi par un livret maladroit, parfois lourdement didactique, souvent prosaïque. Diana Soh fait ce qu’elle peut de cet objet, faisant alterner texte parlé et moments chantés dans sa partition d'un peu plus d'une heure, mais sa maîtrise imparfaite de la prosodie n’aide pas à construire une œuvre éloquente. Les choix originaux dans le traitement de la chronologie des événements maintiennent l’attention, la boucle tissée entre la première et l’avant-dernière scène est bien menée, mais cela ne suffit pas pour sauver un opéra qui semble par ailleurs chercher son langage musical : l’écriture pop cliché des chansons signées Zylan prête à sourire, les parties instrumentales restent excessivement en retrait sur le plan dramaturgique (malgré des passages réussis, lors de l’excellent solo de percussion sur la cage métallique notamment), et le traitement de la ligne vocale tombe souvent dans une simplicité répétitive et bien peu lyrique (quelques effets intéressants esquissés au micro rehaussant cependant l'ensemble).

Zylan ne chantera plus à Lyon
© Jean-Louis Fernandez

On se tournera donc vers la distribution pour retenir les rares satisfactions de la production. Laissé la plupart du temps à l’arrière-plan dans la mise en scène fonctionnelle et minimaliste de Richard Brunel, le trio des musiciens réalise une performance de haut vol : le violoncelliste Loris Sikora se révèle parfait dans ses interventions en doubles cordes particulièrement délicates, la percussionniste Yi-Ping Yang est admirable quand elle se démultiplie dans son grand solo et Maarten Stragier est d’une solidité impeccable à la guitare électrique. Dans le rôle-titre, Benoît Rameau a rejoint la production quelques jours seulement avant la première, remplaçant au pied levé le ténor initialement prévu (Benjamin Alunni), et il mérite donc doublement des louanges. Le chanteur au regard habité porte le récit sans sourciller. Et s’il ne fait jamais éclater toute la puissance de sa voix, c’est pour mieux livrer une interprétation sobre et humaine, simplement émouvante, qui touchera sans doute les publics auxquels l’œuvre est adressée.


Le voyage de Tristan a été pris en charge par l'Opéra de Lyon.

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