Ce n’est pas sans émotion que Tobias Richter a présenté ce qui sera sa dernière saison à la tête du Grand Théâtre de Genève. À l’issue d’un mandat qui aura duré dix ans, le directeur général pourra tirer sa révérence avec le sentiment du devoir accompli : l’institution genevoise n’a pas souffert du déménagement dans l’Opéra des Nations (structure éphémère qui avait auparavant fait ses preuves à Paris pour la Comédie-Française) et le public va pouvoir retrouver les productions ambitieuses du Grand Théâtre dans ses murs après trois années d’importants travaux de rénovation.

Tobias Richter © GTG | Nicolas Schopfer
Tobias Richter
© GTG | Nicolas Schopfer

Avant la ré-inauguration de l’établissement place de Neuve, plusieurs nouvelles productions se succèderont à l’Opéra des Nations. Carmen de Georges Bizet ouvrira la saison dans une mise en scène de Reinhild Hoffmann, figure du théâtre dansé. Sous la direction musicale de John Fiore, la voix chaude d’Ekaterina Sergeeva assurera le rôle-titre tandis que le pétulant ténor Sébastien Guèze sera scruté avec attention pour ses débuts en Don José.

Le mois d’octobre verra ensuite les débuts genevois d’une coproduction qui a fait le bonheur du Théâtre des Bouffes du Nord : The Beggar’s Opera de John Gay, sorte de comédie musicale baroque représentant les bas-fonds londoniens, sera donné sous la direction énergique de William Christie et dans les cartons gigantesques de l’ingénieux metteur en scène Robert Carsen. Troisième nouvelle production lyrique de la saison, Boris Godounov de Modest Moussorgski réunira de nouveau le metteur en scène Matthias Hartmann et le maestro Paolo Arrivabeni, après une Bohème épurée qui nous avait particulièrement émus il y a deux ans. Mikhail Petrenko et Alexey Tikhomirov se partageront le rôle-titre. Valeur sûre de la scène genevoise, Melody Louledjian incarnera Xenia. Récente lauréate du Concours Kattenburg, la mezzo-soprano vaudoise Marina Viotti chantera le rôle de Fiodor.

Hilarant opéra dans l’opéra, Viva la Mamma ! accompagnera les fêtes de fin d’année ; Laurent Pelly, fidèle invité à Genève sous le mandat de Tobias Richter, mettra en scène cette coproduction virevoltante qui nous a déjà valu des fous rires à l’Opéra de Lyon. En matrone croassante, régnant au milieu d’une parodie de troupe lyrique qui se décompose au fil de l’intrigue, Laurent Naouri montrera l’étendue insoupçonnée de sa voix de baryton et ses dons de comédien. Dans la fosse, ce ne sera pas l’habituel Orchestre de la Suisse Romande mais l’Orchestre de chambre de Genève qui interprètera la partition de Gaetano Donizetti, sous la direction du jeune chef Gergely Madaras. 

Notons enfin que le démantèlement de l’Opéra des Nations et son départ pour la Chine seront précédés d’une production originale dans le théâtre de bois : en janvier, la compagnie de l’Opéra de Pékin viendra proposer un spectacle typiquement chinois autour du Faust de Goethe. 

Rénovation du Grand Théâtre de Genève © GTG | Nicole Zermatten Villedegeneve
Rénovation du Grand Théâtre de Genève
© GTG | Nicole Zermatten Villedegeneve

C’est donc au Grand Théâtre, sur la rive gauche, que l’année 2019 se poursuivra. Le public retrouvera la scène place de Neuve à partir du 12 février et ce n’est rien moins que L’Anneau du Nibelung, l’imposante Tétralogie de Richard Wagner, qui ouvrira les festivités. Genève renouera avec la mise en scène sobre de Dieter Dorn (qui nous avait séduit en 2014) et les mélomanes apprécieront la possibilité de suivre le cycle des quatre opéras en l’espace de six jours. Georg Fritzsch officiera à la baguette, devant une distribution qui comptera Mikhail Petrenko, Aleksey Tikhomirov mais surtout la voix éclatante de Petra Lang dans le rôle de Brünnhilde.

Sitôt le Ring achevé, Tobias Richter reprendra en avril son exploration du mythe de Médée (Medea de Cherubini puis Il Giasone de Cavalli ont été successivement proposés par le passé) : David McVicar sera invité à donner une nouvelle mise en scène du Médée de Marc-Antoine Charpentier, avec la soprano (et tragédienne réputée) Anna-Caterina Antonacci dans le rôle-titre. Régulièrement invités dans la programmation genevoise ces dernières saisons, l’expérimentée Cappella Mediterranea et son chef fondateur, l’efficace Leonardo García Alarcón, reviendront dans la fosse. Dernière production lyrique de la saison, Un ballo in maschera de Giuseppe Verdi sera mis en scène par Giancarlo Del Monaco et Pinchas Steinberg en assurera la direction musicale. Parmi les personnalités que Tobias Richter souhaitait absolument inviter pour son ultime exercice à Genève, Richard Peduzzi figurait en bonne place ; c’est sur ses nouveaux décors verdiens que le rideau du Grand Théâtre retombera, le 22 juin 2019, à l’issue de la saison lyrique.

Plusieurs concerts et récitals viendront enrichir cette programmation : la venue de MusicAeterna, chœur et orchestre dirigés par le spectaculaire et fantasque Teodor Currentzis, constituera notamment un temps fort de la saison genevoise, dans la monumentale Messa da Requiem de Giuseppe Verdi. En récital, les voix de Luca Pisaroni, Piotr Beczała, Sarah Connolly et Christian Gerhaher feront tour à tour leurs débuts au Grand Théâtre. Artiste majeure dont les venues ont agréablement rythmé le mandat de Tobias Richter, la soprano Patricia Petibon sera l’attraction de la fin de la saison pour un récital original, le 21 juin 2019, en compagnie de l’Ensemble Amarillis.

<i>Siegfried</i> © GTG | Carole Parodi
Siegfried
© GTG | Carole Parodi

Plus réduite, la saison chorégraphique compte quatre programmes. Souvent entraîné dans de prestigieuses tournées qui contribuent largement au rayonnement international de l’institution suisse, le Ballet du Grand Théâtre de Genève ne se produira qu’à deux reprises, pour les débuts genevois du chorégraphe Abou Lagraa et pour un programme mettant à l’honneur le célèbre Jiří Kylián. Très appréciées des spectateurs de l’Opéra des Nations dans Voces il y a quelques mois, l’envoûtante Sara Baras et sa compagnie flamenco seront invitées à nouveau, fin février 2019, pour donner leur dernière création : Sombras. Deuxième compagnie étrangère programmée cette saison au Grand Théâtre, le Yacobson Ballet de Saint-Pétersbourg viendra clore l’année 2018-2019 avec leur récente Belle au bois dormant, revisitée par la chorégraphie de Jean-Guillaume Bart.

On l’aura compris à la lecture de la programmation : entre une quantité de nouvelles productions incontournables et le retour d’invités de marque, cette saison du renouveau pour le Grand Théâtre de Genève ressemble déjà à une apothéose pour le mandat de Tobias Richter.

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Article sponsorisé par le Grand Théâtre de Genève.