Quelle belle idée d’avoir rénové ce Bâtiment des Forces Motrices sur le Rhône afin d’y accueillir à l’origine l’Opéra - qui était déjà à l’époque en rénovation - et qui est devenu maintenant le vaisseau amiral des concerts de l’Orchestre de Chambre de Genève et de la série de concerts de musique de chambre des ensembles issus de l'Orchestre de la Suisse Romande, intitulés « Musique sur Rhône».

Stephan MacLeod
Stephan MacLeod
Ayant entendu un Orchestre de la Suisse Romande tonique et savoureusement baroqueux sous la direction du Maestro Leonardo Garcia Alarcón dans la somptueuse Alcina genevoise du mois passé, nous ne pouvions que nous réjouir d’entendre un concert de musique de chambre et des œuvres bien souvent abandonnées aux seuls ensembles baroques : le dynamique Concerto Brandebourgois n°5, le Concerto pour hautbois et violon en ré mineur, et la Toisième suite pour orchestre en ré majeur, rien de moins que des chefs-d’œuvre du Kantor de Leipzig. Notons cependant que si le bâtiment ravit les yeux, avec ces échappées sur les eaux bleutées du Rhône ondoyant quelques mètres au-dessous du niveau du plateau, il reste un auditorium à l'acoustique difficile, caractérisée par un son quelque peu aride et qui n’enjolive rien, rendant les défauts bien audibles et les voix peu portées… 

Malgré tout, la direction minutieuse de Stephan Macleod, dirigeant les mains suspendues au-dessus de la tête, impulse d’emblée énergie et dynamisme à l’ensemble. Et de vitalité, ces Bach n’en n’ont assurément pas manqué. Le Brandebourgeois fut plein de vigueur avec la flûte de Jerica Pavli colorant et ourlant son discours de belles inflexions, le violon de Yin Shen fut un brin en retrait et peu aidé par l’acoustique du bâtiment, quant au clavecin d’Ewa Rzetecka, il nous gratifia de très beaux passages. Le deuxième mouvement, « affetuoso », fut effectivement tout en douceur, offrant de belles inflexions aux solistes. Un Allegro plein d’entrain vint clôre ce concerto, servi par un orchestre aux aguets dont on a pu cependant regretter un déséquilibre entre un continuo un brin carré et les voix hautes, incisives, mais manquant aussi un peu de « relâché » ; le bâtiment ne concédant, il est vrai, que peu de marge avec cette acoustique désespérément sèche.

Le Concerto pour hautbois et violon en ré mineur permit d'entendre la sensibilité du hautbois de Jérôme Capeille et les beaux phrasés de François Payet-Labonne, plus lyrique, avec un legato développant un beau discours mais peu en équilibre avec son collègue. Le deuxième mouvement fut mené un peu droit par des pizzicati de cordes bien horlogères, dont seul le legato du violon solo offrit un peu de réconfort. Le troisième mouvement fut endiablé, les basses ne se formalisant pas trop d’effets d’écho… Dommage.

La fameuse Troisième suite pour orchestre en ré majeur vint clore avec sa belle énergie ce concert. L’entrée haendélienne a bien fonctionné aux cordes, moins aux trompettes qui parurent bien sèches au départ, mais qui se réchauffèrent au fur et à mesure, sonnant de plus en plus royales. Le fameux Air, amorcé assez rapidement, passa à côté de cette ambiance extatique et les Gavottes souffrirent de basses aux phrasés un brin uniformes ; la Bourrée fût entraînante et la Gigue donna - bien sûr - envie de danser ! 

L’Ensemble Baroque de l’OSR fut moins porté que lors d’Alcina où on le sentit transporté loin dans l’interprétation et l’émotion. Il n’en reste pas moins que cette lecture de quelques-unes des pages les plus magnifiques de Bach fut très agréable, tonique, et revigorante, à défaut de nous avoir ravi totalement et offert des horizons nouveaux.

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