On rend grâce aux équipes de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse d’avoir souhaité nous transporter en plein été alors que le cœur de l’hiver nous glace encore les mains ! En ce vendredi soir de janvier à la Halle aux grains, le programme commence en effet avec la création française de Midsummer Song de la compositrice lituanienne Raminta Šerkšnytė, présente dans la salle. Quelle joie dut être la sienne d’entendre son œuvre, bien davantage que simplement créée, véritablement interprétée : dans cette partition pour cordes et percussions, très tirée vers le haut du spectre, on sent d’emblée l'intention particulière du chef d'orchestre Markus Poschner, celle de faire couler un souffle chaud et vif dans nos oreilles. L’engagement des pupitres de cordes est manifeste, ils respirent et vont chercher des doubles pianissimos avec constance et justesse. Les contrebasses sont subtiles, dosées, les percussions à peine déposées sur le son, comme une palette de bruits légers sur la musique. Le vibraphone, joué avec un archet, annonce la fin de ces fines pages qui s’étirent doucement dans l’éther.

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Chad Hoopes, Markus Poschner et l'Orchestre National du Capitole de Toulouse
© Romain Alcaraz

Le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn aurait pu suivre, mais c’est une autre lumière qui nous éclaire, celle de son Concerto pour violon en mi mineur. L’Américain Chad Hoopes s’en saisit pour y briller. Jouant de son violon ainsi qu’une mécanique parfaite, il appuie chaque note comme si sa vie en dépendait. Cela nous donne l’impression d’entendre des bits carrés parfaitement alignés et non la douce courbe analogique d’un son. C’est propre, c’est net, à l’image de sa cadence impeccable aux aigus magnifiques. Mais où donc se nichent la sobriété, la finesse, l’élégance ? Dans l’orchestre. Cette reprise après la cadence ! Et cette transition des bassons vers le mouvement lent ! Les tempos sont justes, l’ambiance est fragile, pure et fugace, comme… une nuit d’été aux étoiles.

La véritable leçon de la soirée vient après l'entracte, avec la Quatrième Symphonie de Brahms. On prend d’abord le temps d’admirer la gestuelle de Markus Poschner. Larges et libres, ses bras alternent entre découpage précis et grande fresque. On pourrait croire qu’il a deux bras gauches ; mais de temps en temps, une rythmique courte et lisible s’installe au bout de la baguette, une petite impulsion qui change tout, produit un effet immédiat. La carrure rythmique du premier mouvement est formidablement lisible, les accents et les valeurs courtes paraissant comme des petites collines qui bougent autour d’une grande ligne sommitale parfaite. Les cuivres sont incisifs comme rarement, donnant des coups de griffe sans jamais écraser. Signe que tout l’orchestre suit son chef : les dernières pages de cet « Allegro non troppo » le montrent comme un corps vibrant, où tout le buste s’agite comme une houle enfiévrée.

Markus Poschner dirige l'Orchestre National du Capitole de Toulouse à la Halle aux grains © Romain Alcaraz
Markus Poschner dirige l'Orchestre National du Capitole de Toulouse à la Halle aux grains
© Romain Alcaraz

L’« Andante » est varié, équilibré, tout en sombre puissance contenue. Le second thème permet aux violoncelles, puis aux cordes, de se déployer avec un lyrisme poignant, presque douloureux. Quel ensemble de cordes ! On est d’autant plus désarçonné par l’attaque du scherzo qui suit : son thème principal explose littéralement, les instrumentistes donnent tout, à chaque fois que l’idée musicale revient comme un refrain, sans jamais faiblir. L’énergie est en partie due à la partie de timbales exceptionnellement tenue par un Jean-Sébastien Borsarello impérial. Enfin, les trente-cinq variations de la chaconne finale s’enchainent, tour à tour mystérieuses, précises, survoltées, dans un jeu de contrastes très assumés qui ne perd jamais de vue la grande forme. Oui, ce soir l'ONCT était en grande forme.

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