À l’Opéra de Nice, la nouvelle production de Don Pasquale offre une lecture résolument moderne de l’opéra de Gaetano Donizetti. Dès l’ouverture, la direction musicale de Giuliano Carella impose un orchestre dense et énergique, porté par un élan très vif qui donne immédiatement le ton de la soirée. La mise en scène de Tim Sheader assume pleinement une transposition contemporaine. À l’arrivée des spectateurs, le rideau est déjà levé sur un décor minimaliste conçu par Leslie Travers : un cube blanc monumental sur lequel s’inscrivent les lettres « Pasquale ». Ce dispositif ingénieux pivotera au fil de l’action pour révéler de nouveaux espaces scéniques.

Les premières scènes se déploient dans des tonalités froides, presque cliniques, accentuant l’atmosphère moderne du spectacle. Certains éléments visuels viennent souligner cette actualisation, comme la présence d’écrans de trading ou encore l’apparition de Don Pasquale en tenue de sport. Le deuxième acte marque un basculement visuel spectaculaire : les lumières quittent les tons froids pour s’orienter vers des couleurs roses, tandis que l’appartement de Don Pasquale se transforme sous l’impulsion de Norina en un décor de Noël extravagant. Lutins danseurs, bonshommes de neige gonflables et interludes loufoques renforcent l’atmosphère volontairement absurde du spectacle.
En transposant l’action dans un univers contemporain, la mise en scène éclaire avec acuité les enjeux du livret original : la lutte entre générations et la remise en cause de l’autorité masculine. Norina y apparaît comme une femme pleinement maîtresse de son destin, tandis que Don Pasquale, figure d’un pouvoir dépassé, se voit progressivement relégué au rang de jouet comique. L’irruption d’un univers farfelu — décorations de Noël envahissantes, lutins fantasques et scènes volontairement décalées — vient alors matérialiser la perte totale de contrôle du patriarche, submergé par un monde qui lui échappe.

Dans ce cadre contemporain, l’humour fonctionne par touches légères et situations visuelles souvent efficaces. On voit par exemple le malheureux Don Pasquale couvert de mousse à raser, tandis que les interactions entre les personnages multiplient les ruptures comiques. La direction d’acteur privilégie un comique accessible et assumé, qui fait de cette production un spectacle divertissant et vivant. Très présent tout au long de la représentation, l’Orchestre Philharmonique de Nice soutient ce parti pris.
La distribution est parfaite dans ce registre. Dans le rôle-titre, Federico Longhi incarne un Don Pasquale à la fois ridicule et attachant. Si sa projection vocale se trouve parfois couverte par l’orchestre dans les passages les plus appuyés, le chanteur compose un personnage profondément humain, dont la souffrance n’efface jamais la dimension comique. Le baryton Mikhail Timoshenko prête au docteur Malatesta une présence scénique sobre mais efficace. Sa diction précise et son jeu mesuré donnent au personnage une autorité naturelle, sans tomber dans l’exubérance. Le ténor Paolo Nevi campe un Ernesto particulièrement sympathique. La mise en scène accentue la dimension humoristique du personnage : arrivant en trottinette électrique ou prenant des selfies, il multiplie les clins d’œil contemporains. Vocalement, son timbre puissant et brillant se distingue par un lyrisme affirmé.

Face à lui, la soprano Mariam Battistelli s’impose comme une Norina dominatrice et énergique. Introduite de manière inattendue en femme de ménage, elle révèle rapidement une voix puissante et agile, portée par un vibrato serré et une présence scénique affirmée. Séductrice assumée, elle n’hésite pas à flirter avec d’autres personnages, ce qui renforce la vivacité dramatique du rôle. Le duo qu’elle forme avec Ernesto constitue sans doute le sommet vocal de la distribution. Entre modernité assumée, humour généreux et chanteurs de talent, cette soirée niçoise propose ainsi un divertissement léger, efficace, fidèle à l’esprit pétillant de l’opera buffa.




















