Pour marquer le début de sa nouvelle tournée européenne, Hélène Grimaud a choisi de faire escale au cœur de sa région natale. Originaire d’Aix-en-Provence puis élève au MIDEM de Cannes, la pianiste devenue mondialement célèbre se produit ce soir au côté de l’Orchestre Philharmonique de Nice dirigé par Lionel Bringuier.

Hélène Grimaud © Matt Hennek
Hélène Grimaud
© Matt Hennek

Sachant notre soliste invitée passionnée de littérature, c’est tout naturellement que la direction artistique a fait le choix de L'Apprenti sorcier de Paul Dukas. Inspiré du texte éponyme de Goethe, ce poème symphonique retrace en musique les péripéties d’un jeune élève magicien ayant décidé d’envoûter un balai afin de se débarrasser de la corvée du ménage. Seulement, ce dernier se révèle incontrôlable : l’apprenti se retrouve rapidement dépassé par ses incantations. Si l’ensemble pèche un peu par son manque d’homogénéité et de fluidité (qualités essentielles pour faire ressortir l’aspect mystérieux du récit), le surmenage du personnage est bien rendu : les vagues mélodiques envahissent progressivement la totalité de l’orchestre, portées par la direction ample et énergique de Bringuier.

Le spectacle se poursuit avec le Concerto en sol de Maurice Ravel, avant-dernière œuvre achevée du compositeur. La pièce se caractérise par de nombreux emprunts au jazz, tels une rythmique dansante et un esprit improvisé. Sous les doigts de la pianiste, les notes semblent filer comme des perles de pluie. Le style est aérien, les éléments techniques sont exécutés avec dextérité. Musiciens comme chef d’orchestre mettent en évidence le sens de cette musique qui repose sur une véritable juxtaposition d’atmosphères sonores différentes. Ainsi, les incursions de ragtime (littéralement, « temps déchiré ») au cœur de la légèreté temporelle des mélodies de Ravel se montrent franches et tranchantes.

Le deuxième mouvement expose un monde plus serein. Dans les respirations bien audibles de la virtuose, on décèle facilement ses intentions de phrasé. Le jeu est physique, tout le corps de la pianiste est engagé au service de l’expression. L’œuvre se termine par un divertissement rythmique étalant nombre de pirouettes techniques, à l’instar d’un spectaculaire croisement de mains. Les chaleureuses accolades données par Hélène Grimaud et Lionel Bringuier reflètent une réelle complicité musicale entre les deux artistes.

Le concert se conclut sur l’imposant Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, dont l’harmonie et le rythme ont pour vocation de soutenir un dynamisme sémillant, constant tout au long de ce tableau de la Russie païenne. Impossible alors de passer outre une maîtrise rigoureuse du tempo et un marquage bien clair des différentes sections qui se succèdent. Si la dynamique s’affaisse légèrement au fil des scènes qui se présentent à nous (orage, rituels, cortèges mortuaires…), les cuivres et percussions se montrent incisifs et permettent de donner un second souffle à la montée en puissance dramatique. La marche funèbre est particulièrement réussie, grâce aux ronronnements pesants des instruments graves. On admire également les effets de spatialisation bien réalistes, notamment lors du tintement de la clochette au lointain.

On retiendra de ce concert – dont l’apogée s'est situé dans la partie centrale – une splendide performance d’Hélène Grimaud, qui a su insuffler élégance et expression à l’Orchestre de Nice.

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