Peut-on dénoncer dans un même spectacle le retour du fascisme, le dérèglement climatique, le conflit intergénérationnel, Gaza et les dérives induites par les GAFAM ? C'est le pari du collectif (La) Horde dans Après moi, le déluge, sa dernière création présentée en cette rentrée au Théâtre de la Ville. Comme à son habitude, le trio de quarantenaires à la tête du Ballet national de Marseille depuis 2019 s'empare de danses urbaines à tendance virale sur les réseaux sociaux (telles que le jumpstyle). Ici, c'est l'univers punk (pogo, moshpit…) qui est importé dans une pièce à messages malheureusement surchargée : cette proposition chorégraphique s'avère peu lisible, ensevelissant le public sous un déluge d'images que l'on peine à suivre.

Le rideau, transparent, ne s’ouvre pas au début de la pièce. On observe les danseurs saluer le fond de scène, où le film d’un public qui applaudit est projeté. Nous nous situons à la fin d’un moment, au grand soir d’une gloire. Dans une succession de quatre tableaux, la pièce va ensuite accumuler les images sans que rien ne se détache particulièrement. Une danseuse épaule une caméra, qu’elle promène à travers la scène pour filmer en live les visages hilares de ses camarades, cachés dans une fosse creusée au centre de la scène, suggérant la fausseté des mises en scène des réseaux sociaux. Un homme armé d’une mitraillette imaginaire surgit pour mettre en joue les corps dans la fosse, accompagné de deux inquiétants personnages masqués, dont l’un évoque peut-être Marine Le Pen.
Le plancher fendu laisse ensuite apparaitre le sous-sol, où l’on découvre trois vieillards barbotant dans un bain chaud, et malmenant le corps inerte d’une jeune fille. Deux créatures vêtues de perruques et de peignoirs suaves – dont on ne sait ce qu’elles représentent – s’emparent du corps de la jeune fille, qui se réveille, se déshabille, se rhabille et triomphe des trois marionnettes grimaçantes.

S’ensuit un troisième tableau de danse sourde où les treize danseurs sautent sur scène sur une bande-son rugissante de techno et de metal, en reproduisant des mouvements de pogo, les gestes furieux des chanteurs de metal qui font tourbillonner leur chevelure, et les uppercuts brutaux des moshpits. Dans ce moment qui ressemble plus à un tourbillon de gimmicks punk qu’à une chorégraphie signée, les danseurs se démènent pour servir une création qui se veut violente (interdite aux moins de 14 ans)... mais leurs gestes paraissent plus énervés que puissants scéniquement et tout cela, paradoxalement, ne choque pas. La troupe, épuisée par cette salve, salue le public et l’on croit alors à une fin bienvenue.
Mais un dernier tableau se raccroche in extremis à la création : les danseurs, attifés d’une patte d’éléphant ou d’une queue poilue, s’étendent autour de la mare pour représenter le monde menacé de disparition. Que ce soit dans les faits et causes endossés, dans les procédés scénographiques très « tendance » employés (la vidéo live par exemple) ou dans sa chorégraphie inspirée des dernières modes virales, cet Après moi, le déluge donne l’impression de surfer toutes les vagues, pour un résultat en scène plus instagrammable qu’intelligible. Plus dommage encore, l’œuvre, en embrassant trop de justes causes, finit par les invisibiliser. Et ne creuse rien d’autre qu’un trou béant sur la scène.






















