À l'occasion des Piano Days organisés par Flagey en ce mois de février, on retrouve le Busch Trio dans les grandes pages du répertoire pour violon, violoncelle et piano. Dans le grand Studio 4, l'acoustique joue parfois des tours à nos trois musiciens qui ont pourtant porté Beethoven et Schubert à des sommets interprétatifs.

Le Busch Trio © Kaupo Kikkas
Le Busch Trio
© Kaupo Kikkas

Les émouvantes premières mesures du Trio n° 6 de Beethoven sont effleurées par les timbres presque transparents du violoncelle et du piano, nous laissant profiter au mieux de la délicatesse de cette partition. Le discours fluide et limpide, caressant ou fougueux du Busch Trio est exemplaire, suivant une direction évidente. L'atmosphère de ce premier mouvement est très lumineuse, notamment grâce au sublime chant du violoncelle ou au timbre clair et perlé du piano. Dans le second mouvement, l'ensemble peine cependant à habiter les dimensions très larges de la salle, certains phrasés paraissant privés de leur définition ou le violoncelle manquant de présence. Malgré cela, l'interprétation du trio londonien garde un caractère très mordant. La douce lumière qui baignait le premier mouvement se change ici en une flamme, tantôt ardente, tantôt vacillante, qui n'en demeure pas moins fascinante. Par des prises de parti très tranchées, dans des tempos vifs ou des contrastes exacerbés, les musiciens rendent cette œuvre saisissante. Du caractère, de la précision, du style et un vrai plaisir de jouer : quelle évidence que cette interprétation !

L'élégance de la sobriété est finalement ce qui permet aux trois musiciens de se réinventer pour un troisième mouvement délicat et léger. Les traits descendants du piano nous font d'ailleurs penser au caractère quasi liquide de cette musique : un flot clair qui s'écoule en toute simplicité. En dépit de quelques soucis de justesse et d'acidité sonore chez le violon, le Busch Trio exulte véritablement dans le dernier mouvement, dans un joie très communicative.

Leur vision du Trio n° 2 de Schubert reste évidente dans son caractère exalté et limpide mais pâtit parfois de quelques emportements à la limite de l'exagération. Ils restent tout de même proche du texte, évitent tout effet désuet de rubato et donnent à l'« Allegro » initial de la puissance et du mystère à l'écoute du thème épique que l'on retrouvera dans le dernier mouvement. Toujours dans un souci de clarté, les attaques sont acérées, les crescendo dramatiques presque surexposés et leur fougue nous emporte inévitablement. Ce jeu conviendra moins au très attendu deuxième mouvement où un tempo vif empêche les phrasés de s'épanouir pleinement et où les fortissimo sont assenés avec une brutalité excessive. Ce mouvement est cependant l'occasion pour Ori Epstein au violoncelle de nous faire profiter de sublimes qualités : d'un son boisé et délicat, il entonne une ligne de chant souple et vibrante. 

Les deux derniers mouvements ne souffrent d'aucune réserve : le « Scherzando » joliment ironique permet aux trois timbres de fusionner de manière idéale, chacun gardant pourtant un charme tout particulier. Le finale de l'œuvre est fascinant : d'abord très léger et guilleret, le mouvement se mue rapidement en une véritable course à l'abîme. Ce sentiment est parfaitement restitué par le Busch Trio, toujours plus fantasque et exaltant. Sous des airs presque innocents, ils construisent un drame aux frontières de l'angoisse, le piano adoptant des phrasés glaçant et le violon se faisant d'autant plus rêche. Au prix une nouvelle fois d'un choix de tempo plutôt allant, le flot schubertien semble infatigable. Et lorsque les musiciens restituent les thèmes des mouvements précédents, c'est avec un sarcasme fort judicieux. Le trio britannique, dans son éloquence et sa fougue, exalte et bouscule Beethoven et Schubert, sans jamais pourtant dénaturer leur musique.

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