Au milieu des monts alpins, entourés par les sommets verdoyants de moyenne montagne, la musique de Messiaen résonne chaque année en parfaite symbiose avec le paysage. Pour son dernier week-end, le festival dédié au compositeur a choisi de marier les timbres du piano et du violoncelle autour d’un programme construit sous la forme d’une promenade entre les styles, de Beethoven à une création de François Meïmoun. Récit d’une soirée placée sous le signe du dialogue instrumental et temporel.

Jean-Frédéric Neuburger et Marc Coppey à La Grave
© Bruno Moussier

C’est à La Grave, au cœur de l’église du village, que se déroule le spectacle du jour. Heureux hasard, l’éclairage du lieu sacré place l’ombre du crucifix au-dessus du piano de Jean-Frédéric Neuburger, insufflant avant même l’esquisse des premières notes une vague résolument hiératique. Le violoncelle de Marc Coppey, situé à hauteur de public, est tellement proche du premier rang que les spectateurs sont capables de percevoir la moindre respiration de l’artiste. Le concert s’ouvre sur la Chaconne de Phillipe Manoury, dont la partie de piano est interprétée par le compositeur lui-même. On y découvre une admirable fusion des sonorités, le piano cherchant à reproduire les effets acoustiques lancés par le violoncelle. Le discours est articulé, les attaques franches. Les bras du transept faisant office de coulisses, Coppey réaccorde son instrument entre chaque morceau à la vue et à l’ouïe de tous.

Marc Coppey et Philippe Manoury
© Bruno Moussier

La prochaine pièce – dont nous saluons spécialement la programmation car rarement exploitée – se trouve être la Sonate op. 2 de Maurice Emmanuel, professeur de Messiaen au Conservatoire de Paris. L’interprétation donne à entendre des lignes mélodiques lyriques à souhait, le corps du violoncelliste virevoltant au gré du phrasé. À ses côtés, Neuburger investit chacune de ses notes d’un calme et d’une maîtrise sans ostentation.

Le programme se poursuit avec la Sonate pour violoncelle et piano de Debussy. Plus communicatifs, les musiciens échangent de nombreux regards nécessaires au placement des accords. Le vibrato ample et vif de l’instrument à cordes frottées côtoie les soubresauts de son comparse, le tout dans un ton bien affirmé.

Jean-Frédéric Neuburger et Marc Coppey
© Bruno Moussier

Dans un registre plus furieux encore, le duo se livre à la lecture de Molpé, création mondiale de François Meïmoun. Si Coppey se sert d’une partition numérique présentée sur tablette, Neuburger préfère la version papier. Le violoncelliste déploie un éventail d’artifices techniques fermement maîtrisés : variation des coups d’archet, doubles cordes et grands sauts d’intervalles. L’engagement physique du soliste n’a d’égal que la clarté de son jeu. Si des perles de sueur se dessinent progressivement sur son front, le pianiste fait preuve d’une certaine sérénité, sans néanmoins manquer de tonus.

Face à la pression constante effectuée sur les cordes, le violoncelliste s’emploie régulièrement à remettre de la colophane sur le crin de son archet. Bien loin des épanchements précédents, la Sonate op. 102 n° 2 de Beethoven évoque aux interprètes un aspect plus léger, sombre parfois mais sobre toujours. La maîtrise de l’œuvre est d’autant plus perceptible que les musiciens quittent la partition des yeux, s’adonnant à la beauté des mélodies chantantes.

Plus doux et fluide encore, le concert se termine au sommet avec la cosmique Louange à l’éternité de Jésus de Messiaen. Toute la soirée durant, Coppey aura su cultiver un remarquable engagement, paré de son meilleur allié : le soutien stable et efficace d’un pianiste inspiré. La maîtrise, l’assurance et la détermination, telles sont les qualités applaudies par une audience conquise au terme du spectacle.


Le voyage de Manon a été pris en charge par le Festival Messiaen.

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