L’Auditorium de Lyon fut le théâtre d’un concert déroutant. Alors que le Concerto pour violon de Tchaïkovski par le grand Vadim Gluzman promettait d’être le sommet musical de la soirée, ce sont plutôt les Danses symphoniques de Rachmaninov programmées en deuxième partie et dirigées par Markus Stenz qui auront retenu l’attention. Avant cela, l’Orchestre National de Lyon et son chef invité se sont attaqués au fabuleux Don Juan de Richard Strauss.

Markus Stenz © Kaupo Kikkas
Markus Stenz
© Kaupo Kikkas

Trop peu joué en concert en France, le poème symphonique de Strauss ouvre donc le concert. L’attaque des violons est nette et franche. S’ensuit un développement plutôt énergique, où le chef dessine parfaitement les dynamiques en appuyant souvent les crescendo et decrescendo. Dans l’orchestre, la sonorité cristalline de la violon solo Jennifer Gilbert fait merveille quand le grand solo de hautbois central est chanté avec beaucoup de douceur par Jérôme Guichard, lui-même bien supporté par le superbe tapis sonore des cordes.

Malgré cela, certaines défaillances apparaissent, en particulier du côté des cuivres, souvent légèrement en retard, alourdissant ainsi le propos. La direction de Markus Stenz n’est peut-être pas étrangère à cela, choisissant un tempo en permanence assez mouvant, pas toujours évident à comprendre. En l’absence de la dimension épique qui fait le sel du poème, toute la fin de l’œuvre est plus décevante, gâchée par de trop nombreux moments de flottement. 

Après l’entracte, l’Orchestre National de Lyon se rattrape dans les Danses symphoniques de Rachmaninov, particulièrement réussies. Le début de la première danse instaure un caractère martial tout à fait bienvenu avec des cordes bien denses, avant que le saxophone très expressif ne se distingue au milieu d’une petite harmonie complice dans ses échanges musicaux. Le cor anglais agile de Pascal Zamora répond à la clarinette soyeuse de Nans Moreau, qui sait aussi se faire entendre menaçante au retour du premier thème. 

Le mouvement de valse qui suit constitue un admirable mélange d’élégance et d’incertitude porté par un jeu d’orchestre tout en finesse. Mais le dernier mouvement, tout en contrastes, sera le plus impressionnant des trois. L’orchestre met aussi bien en exergue un thème aux allures de danse espagnole qu’une atmosphère glaçante annoncée aux cloches tubulaires. Dans le finale, Markus Stenz rapproche Rachmaninov de Chostakovitch dans une interprétation qui fait la part belle aux percussions, venant ainsi conclure des Danses symphoniques (é)mouvantes.

Vadim Gluzman © Marc Borggreve
Vadim Gluzman
© Marc Borggreve

Quelle déception fut en revanche le célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski ! Tout du long, Vadim Gluzman, jouant le Stradivarius ayant servi à la création de l'ouvrage, énonce les thèmes sans soigner la progression du phrasé et des nuances, donnant à entendre des ruptures d’intensité ou de tempo (ralentis très appuyés à certains passages) peu élégantes. La « Canzonetta », comme la cadence du premier mouvement, est entonnée à une vitesse étouffante et le timbre rugueux voire criard du violon dessert les passages lyriques. L'œuvre se résume alors à un catalogue peu intéressant de virtuosité instrumentale – car le soliste dispose malgré tout des plus grandes qualités techniques, tant à la main gauche (articulation irréprochable) que du côté de l’archet, idéalement incisif.

L’orchestre se démarque dans ce déferlement incessant, notamment dans le mouvement central, avec là encore une petite harmonie soignée : le basson chatoyant d’Olivier Massot ou la flûte aérienne de Jocelyn Aubrun font merveille. Il en aurait fallu cependant bien plus pour rehausser ce magnifique concerto de Tchaïkovski.

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