Pour la première fois depuis la création du festival de l’Offrande Musicale en 2021, son fondateur, David Fray, se livrait à un récital personnel. Le concert prenait place dans un nouveau lieu inattendu : l’ancien manège du XIXe siècle du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, aujourd’hui gymnase, lieu emblématique de la ville et symboliquement situé en face du Conservatoire Henri Duparc. Majoritairement issu de son dernier album « Baroque encores », ce programme « Baroque etc. » envisage le piano comme instrument transcripteur de toutes les musiques et de tous les timbres, à travers une sélection de pièces allant de Bach à Wagner.

La première partie, de plus d’une heure, s’ouvre et se clôture avec Jean-Sébastien Bach. Avec la Sicilienne, on démarre avec une émission mélodique très claire et des respirations et cadences bien marquées par les trilles et appogiatures. L’« Andante » de la Sonate pour orgue n° 4 est plus naïf, avec une écriture contrapuntique parfois noyée par l’utilisation de la pédale, même si les motifs sont bien articulés en début et fin de phrases. L’articulation entre l’accompagnement et le chant est bien conservée dans une transcription de l’« Andante » de la Sonate pour violon en la mineur, dont les voix intermédiaires ressortent en répondant à la mélodie principale.
L’« Aria » de la Suite pour cordes et orchestre n°3, également transcrite pour le clavier, est dans la même veine. David Fray profite du piano pour étirer au maximum les lignes mélodiques, arpège les accords et ralentit les fins de phrase là où l’orchestre est plus régulier et moins dolent. L’ouverture de la cantate « Wir danken dir, Gott, wir danken dir » clôture la première partie en amenant un peu plus de dynamisme et de contraste même si la pédale fait de nouveau des siennes. Entre deux pages de Bach, on trouve un cataglogue de pièces de Rameau, Scarlatti, Couperin et Royer. Le rappel des oiseaux de Rameau et Les Barricades mystérieuses de Couperin, toutes deux écrites originellement pour le clavecin, sont les plus réussies et entrainantes, car à la fois proches de l’articulation de l’instrument d’origine et claires dans leur motifs, figuralistes ou chantants.
La deuxième partie, consacrée à Wagner, est plus resserrée et sort de la production discographique récente. La Sonate pour l’album de Mme Mathilde Wesendonck, rare pièce du programme écrite excpicitement pour le piano, est restituée dans une interprétation romantique attendue. Deux extraits enchainés de Tristan et Isolde, le « Prélude » puis la « Mort d’Isolde », suivent logiquement ce jalon pianistique : c'est auprès du couple Wesendonck que Wagner a trouvé l'inspiration littéraire à l'origine de son opéra.
Le travail du pianiste sur les motifs et la mélodie continue convainquent moins ici. Même si le virtuose mobilise une grande palette de nuances et d’expressions interprétatives (ralentis amples, grands gestes, finales et silences contemplatifs), le son de l'instrument n'atteint pas la richesse des timbres de l’orchestre qu'on a dans l'oreille pour ces pages. On pense au mot de Debussy à propos de Wagner : un « mastic multicolore étalé uniformément », qui s’adapte bien moins au piano que Bach ou d’autres compositeurs antérieurs.
Au total, David Fray investit avec ambition tous les lieux et toutes les temporalités, en se portant auprès de tous les publics, conformément à la philosophie du festival. Avec des interprétations toujours très personnelles, le pianiste oscille entre deux approches : tantôt il romantise le baroque, tantôt il « baroquise » les pièces plus récentes, avec succès dans la majorité des cas.


















