La prestigieuse soirée des quarante ans de l’Orchestre de chambre de Paris trouvait ce mercredi au Théâtre des Champs-Élysées un écrin idéal. Si l’on excepte une programmation curieusement pensée, juxtaposant en première partie deux œuvres par trop similaires, le concert avait tout pour ravir les quelques 1700 spectateurs venus assister aux festivités.

L'Orchestre de chambre de Paris, au Théâtre des Champs-Élysées © Julien Hanck
L'Orchestre de chambre de Paris, au Théâtre des Champs-Élysées
© Julien Hanck

D’abord, Le Périple d’Hannon d’Arthur Lavandier, en création mondiale. Au commencement était la monodie, semble rappeler ce jeune compositeur tout juste trentenaire. L’œuvre s’ouvre sur une pénétrante mélopée du ténor James Way, émouvant de conviction, en unisson avec les pupitres de cordes. De cet univers aux teintes modales, osant les micro-intervalles, surgira musique plus turbulente. À mesure que le texte s’aliène, on entend ce qui évoque des récifs et de grandes aspirations marines, le tout culminant en une séquence centrale au ton quasi-surréaliste. Pari gagné en tout cas pour ce tout début de soirée : il suffit que l’orchestre et le soliste prennent place dans une demi-pénombre devant la conque, transformée pour l’occasion en écran géant, avec le renfort de projections vidéo, pour que la dimension spectaculaire et mystique de cette grande fresque orientalisante éclate aux yeux et aux oreilles du public. D’autant que, du point de vue de l’exécution, la réussite est au rendez-vous, sous la houlette vigilante de Douglas Boyd, qui tient fermement l’Orchestre de chambre de Paris tout en laissant respirer l’ouvrage.

Enfin, arrivent Les Illuminations de Benjamin Britten, et un second ténor. Malgré la richesse des couleurs orchestrales et du texte – signé Rimbaud –, impossible d’écarter ce sentiment de redite. Après déjà près de vingt minutes de texte ténorisé en début de soirée, même l’auditeur le plus bienveillant trouve le temps long. Voilà une quasi demi-heure supplémentaire de chant, qui de surcroît nous prive des talentueux vents de l’orchestre (l’œuvre ne fait appel qu’aux seules cordes). Le ténor Mark Padmore ne démérite pourtant nullement, ne trahissant jamais l’effort dans cette tessiture qui pourtant convoque les extrêmes, relançant régulièrement le discours par des accents d’une conviction farouche.

Le meilleur de la soirée, on l’a trouvé dans la seconde partie, qui commençait par le violon de Deborah Nemtanu dans Tzigane, de Maurice Ravel. Habitée par une verve qui la fait s’arcbouter sur ses genoux, le visage et le corps débordant de musique, la violoniste mène les débats avec une autorité incontestable. Au prix de quelques chassés-croisés et d’une pulsation parfois pompette, Douglas Boyd prend le parti d’un Tzigane vibrant, aux phrasés opulents, aux aigus miroitants.

Décidément caméléon, l’Orchestre de chambre de Paris campe un Mozart (Symphonie n° 40) aux phrasés vigoureux, quoique jamais avare de souplesse. C’est leste, très enlevé, mais toujours pleinement habité. La joie de jouer, déjà tangible dans l’allegro liminaire, explose dans le menuet, les cordes allant chercher le gras du son avec l’archet dans une surenchère permanente. Enfin, quelle ne fut pas notre joie de retrouver François-Frédéric Guy (que l’on a pu croiser, espiègle parmi le public, durant l’entracte) sur scène pour entamer le mouvement final du Concerto n° 5 « l’Empereur », de Beethoven, en guise de cadeau-surprise pour les spectateurs : interprétation riante et décomplexée, triomphe attendu et conclusion grandiose à cette soirée.

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