Est-ce une nouvelle tendance ? Il semblerait que les orchestres parisiens apprécient jouer une pièce de musique contemporaine, aussi courte soit-elle, en introduction à leurs concerts. On ne peut en tout cas que louer l'Orchestre de Paris d'avoir donné, mercredi 11 avril, Atmosphères de Ligeti en prélude à celui de Lohengrin, avant d'enchaîner sur le Concerto pour violoncelle de Schumann et la Symphonie n°7 de Beethoven. Un programme éclectique avec ses défis, ses charmes, et qui révélait des connexions inattendues.

Christoph von Dohnányi © Brescia e Amisano
Christoph von Dohnányi
© Brescia e Amisano

Christoph von Dohnányi entre en scène. L’homme est habitué à diriger l'opéra et les grandes pièces symphoniques, voyons donc comment il s’attaque aux Atmosphères de György Ligeti. Malgré un départ un peu maladroit par endroits, on ne peut qu’être happé par la pièce. Elle a ça en commun avec l’électroacoustique que les sources des sons deviennent méconnaissables, transformant un cor en son de mouche, des violons en ondes électriques. La gestuelle de Dohnányi est mesurée, mais toute la tension et l’invention contenues dans la pièce, elle les retranscrit parfaitement. C’est un coup de maître, sans manière, sans mépris pour l’écriture qui, malgré ses aléas – des moments plus improvisés dans les pupitres – est d’une grande profondeur et d’une beauté incroyable, parfaitement comprise par les musiciens.

L’Orchestre a cette idée de génie d’enchaîner, sans attendre les applaudissements, avec le prélude de l’acte I de Lohengrin. Le début du prélude dans le suraigu des violons, tout délicat et lyrique, fait parfaitement suite à la fin d’Atmosphères, dans les mêmes hauteurs et le même sentiment. On vit un moment très étrange et très émouvant de pertinence et de connexion entre les époques, qui donne l’impression que deux compositeurs, ayant vécu à un siècle d’écart, se font signe de la main. On regrette que les pupitres ne soient pas complètement ensemble durant les premières mesures. Peut-être est-ce la direction de Dohnányi qui, malgré son implication dans le caractère, est un peu vague dans la battue ? La brillance Wagnérienne n'en sera pas moins très bien retranscrite jusqu’au bout du morceau.

Malgré un soliste très talentueux venu exécuter le Concerto pour violoncelle de Schumann – le jeune Kian Soltani –, on ne peut s’empêcher de ressentir un certain vide en comparaison avec l’émotion qu’avaient apportée les deux premières pièces. En effet, le concerto est plaisant et Soltani investi, mais il y manque une certaine dimension, une forme d'épaisseur, peut-être est-ce tout simplement que la musique de Schumann n’est pas son répertoire de prédilection. En bis, une de ses compositions : Persian Fire Dance, un joli solo virtuose mélangeant gammes modales et bourdons de ré et de la, rendant ainsi hommage à son héritage familial persan.

Après l’entracte, le concert continue sur la Symphonie n°7 de Beethoven. On attend évidemment cette œuvre au tournant, comme toujours. Chaque orchestre l’interprète un rien différemment, chacun la préfère à sa manière, et c’est un débat sans fin, comme pour Bach, de déterminer comment jouer Beethoven de nos jours. Particulièrement le deuxième mouvement, l’Adagio, certains le préfèrent sans doute plus lent et plus lourd, comme on le jouait il y a cinquante ans. L’Orchestre de Paris joue toute l’œuvre avec beaucoup d’attention, d’intelligence et de sensibilité. Rien ne dépasse, chaque intention y est très claire, très volontaire, et toute l’émotion est transportée sans mal, avec force et talent.

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