L’ultime opéra de Mozart, composée la même année que la Flûte enchantée en l’espace de quelques semaines, est désormais considéré comme une œuvre de premier plan même s’il a longtemps vécu à l’ombre des autres réalisations du compositeur. Parfois critiquée lors de sa création, la coproduction de 2011 (Opéra de Marseille, festival d’Aix-en-Provence, Théâtre du Capitole) fait son retour sur les planches toulousaines pour la clôture de la saison lyrique 2017-2018 avec un plateau renouvelé. L’orchestre, légèrement rehaussé par rapport à l’accoutumé, est amené par Attili Cremonesi qui proposera une direction solide et marquée.

Jeremy Ovenden (Tito Vespasiano) © Patrice Nin
Jeremy Ovenden (Tito Vespasiano)
© Patrice Nin

Les décors (Bettina Neuhaus) et costumes (Jenny Tiramani) allient un style moderne et allusions antiques. Le buste drapé de noir accueillant le public porte le suspens dès l’ouverture, alors que la garde prétorienne s’organise autour de ce dernier en un geste d’alliance pour l’empereur. En toute sobriété, la mise en scène (David McVicar, réalisation Marie Lambert) articule ces éléments avec une infaillible efficacité : ici les intérieurs d’une villa patricienne, là un empilement de gradins d’amphithéâtre qui se transforment en escalier monumental conduisant au palais impérial, plus tard des grilles protégeant les appartements du souverain, puis le Capitole en flammes.

La chorégraphie d’arts martiaux (David Greeves) proposée par la garde prétorienne est un élément surprenant mais novateur. Au-delà du ballet armé, l’apparition des fantassins est systématiquement synonyme d’une forte présence scénique, avec des figurants dont la poitrine cuirassée se soulève d’un souffle haletant mais synchrone. Cet aspect testostéroné, à grand renfort de « ouh ah ! », vient parfaitement contraster avec l’aspect soupe au lait et bonhomme de l’empereur.

Sabina Puértolas (Servilia), Julie Boulianne (Annio) © Patrice Nin
Sabina Puértolas (Servilia), Julie Boulianne (Annio)
© Patrice Nin

D’un point de vue vocal, les deux couples de la pièce sont parfaitement en accord avec le caractère de leurs personnages respectifs. Le premier, formé par les honnêtes Servilia (Sabina Puértolas) et Annio (Julie Boulianne), s’il est peu sollicité par le livret, porte sans doute le plus vers les affects avec le magnifique duo « Ah, perdonal al primo affetto ». Il en ressort un duo équilibré et largement audible par-dessus l'orchestre. Vitellia (Inga Kalna) et Sesto (Rachel Frenkel), à l’origine des complots, illustrent parfaitement l’excès qui leur est propre. Vitellia, avec un ambitus proposé par la partition extrêmement large, témoigne de sa volonté de vengeance obsessionnelle et de son orgueil par des interventions brillantes et très puissantes, peut-être parfois trop, à l'inverse des rares passages plus graves souvent couverts. Sesto lui gagne progressivement en puissance au fur et à mesure que son personnage s’affirme face à son amante et matrone romaine manipulatrice. Sa défense devant Titus alors qu’il se sait condamné à mort est exquise. En revanche, si Titus (Jeremy Ovenden) propose un jeu scénique au-dessus de la mêlée, il reste malheureusement plus faible sur le plan vocal. Même arrivant à la fin de l’acte II ou l’empereur se retrouve hésitant entre sa bonté habituelle et une colère fort justifiée, il n’atteindra pas la puissance et la présence du reste du plateau. La grandiloquence de la redingote blanche et de l’hermine en pâtit quelque peu. Publio (Aimery Lefèvre) joue parfaitement le lien entre la rigueur de la garde et la fidélité à son empereur. Le chœur du Capitole amené par Alfonso Caiani, intervient à la fin de chaque acte avec légèreté sans créer de déséquilibre avec le reste des interventions individuelles et loin de la puissance des chœurs d’opéra du XIXème.

Malgré la sobriété et un plateau relativement statique, la mise en scène rend parfaitement service au livret et à la psychologie des voix. L’innovation n’est pas interdite et le tout propose des allusions symboliques au passé de Suétone tout en utilisant des éléments un peu plus modernes et intelligibles à un public néophyte. On s’autorise visiblement plus avec le baroque et le classique et on en vient presque à regretter l’absence de pièce de cette époque pour la saison 2018-2019...

Rachel Frenkel (Sesto), Inga Kalna (Vitellia), Jeremy Ovenden (Tito Vespasiano) © Patrice Nin
Rachel Frenkel (Sesto), Inga Kalna (Vitellia), Jeremy Ovenden (Tito Vespasiano)
© Patrice Nin
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