Directeur honoraire de l’Orchestre National de Lyon, Leonard Slatkin revient dans la capitale des Gaules pour diriger une série de concerts à l’Auditorium de Lyon. Dans une salle peu remplie, le programme fait étonnamment dialoguer Tchaïkovski, Stravinsky, Haydn et Clyne, dont l’œuvre Sound and Fury est donnée en création française.

Leonard Slatkin © Wei Luo
Leonard Slatkin
© Wei Luo

Jouée en première partie après l’œuvre de Clyne, la méconnue Symphonie nº 60 de Haydn, composée comme une musique de scène de la pièce Le Distrait de Jean-François Regnard, surprend par sa forme inhabituelle en six mouvements et sa théâtralité forte. Cet aspect marquant est rendu avec grâce par Slatkin et les musiciens de l’Orchestre National de Lyon. Malgré un manque de vigueur parfois embarrassant, les tempos relativement tranquilles de Slatkin permettent aux musiciens de déployer toute la dramaturgie imagée de Haydn. Dans un do majeur éclatant, l’interprétation convainc par une légèreté et un raffinement plaisants, où le charme mozartien n’est finalement pas très loin. Slatkin usera de son humour habituel pour feindre le mécontentement dans le prestissimo final où les violons se voient contraints par Haydn de se réaccorder en plein milieu du mouvement. La blague fait mouche, les spectateurs accordant des applaudissements chaleureux aux musiciens.

Justement doublement inspirée de Macbeth et de cette même Symphonie nº 60, la pièce en un mouvement de la britannique Anna Clyne veut quant à elle « entraîner l’auditeur dans un voyage à la fois vivifiant (…), serein et pensif » selon les mots de la compositrice. Ces trois adjectifs seront effectivement retrouvés à l’écoute de cette partition également très imagée. Au mouvement obsessionnel du début cède un thème beaucoup plus serein chanté par les cors, le tout sous les caquètements moqueurs des bois. L'œuvre est empreinte de diverses influences. Si la musique de film vient naturellement à l’esprit par le côté narratif de la partition, les musiques folkloriques sont abondamment présentes ainsi que quelques grands compositeurs : Haydn bien sûr, mais aussi Bartók dont une petite partie du Concerto pour orchestre est citée. À l’instar de la symphonie de Haydn, la fin de la pièce introduit une surprise qui fait sursauter l’auditoire : une voix énonce à travers les enceintes quelques vers de Macbeth. Si aucun reproche n’est à faire aux musiciens, impeccables de bout en bout, l’œuvre de Clyne aurait gagné en lisibilité à être placée après la symphonie de Haydn, pour permettre de percevoir toutes les correspondances subtiles que la compositrice établit entre Sound and Fury et celle-ci. Ce sera malgré cela une belle découverte que cette pièce, à laquelle le public lyonnais réserve aussi un bon accueil.

La deuxième partie du concert met plus en avant les musiciens de l’Orchestre National de Lyon. Dans la suite de Pulcinella, issue du ballet de Stravinsky composé dans un style résolument néo-classique, Slatkin fait le choix de placer les cinq chefs de pupitres seuls et le reste des cordes derrière leurs solistes respectifs, faisant ressortir tout l'esprit chambriste de l'œuvre interprétée dans un style galant élégant. Au legato soyeux du hautbois Jérôme Guichard répond le staccato rebondi et dansant du basson Louis-Hervé Maton. Slatkin, qui dirige sans baguette, apporte le pétillant nécessaire à une interprétation qui rend avec esprit tout le sarcasme de la partition, à l'image d'un trombone joliment grotesque dans le « Vivo ».

La Sérénade pour cordes de Tchaïkovski qui vient conclure le concert amène l’auditeur dans une vision romantique à souhait, où le lyrisme, qui tourne parfois au pathos, met aisément en avant les différents pupitres de cordes. Les violoncelles emmenés par Édouard Sapey-Triomphe se font plaisir dans le dernier mouvement, dans des solos très expressifs. Les violons, quoiqu'un peu criards sur la longueur, répondent parfaitement aux sollicitations du maestro : le pianissimo de l’« Elegia » centrale sera d’une grande beauté. En revanche, on pourra regretter un trop grand conformisme de la part de Slatkin : le maestro ne cherche pas l’étincelle susceptible d’apporter toute l’incandescence et l’énergie contenue dans cette musique, qui reste ici finalement assez sage.

C’est le regret que l’on peut formuler à l’issue du concert : si Slatkin et les musiciens ont su intéresser leur auditoire pourtant réduit, dans des œuvres aussi diverses que variées, on aurait pu espérer plus de fougue et de vigueur, en particulier dans Haydn et Tchaïkovski... The sound without the fury !

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