Créée à l’Opéra de Nantes en janvier 2025, puis passée par les Opéras de Rennes, Angers et Tours, la production de La Traviata mise en scène par Silvia Paoli est accueillie à l’Opéra Comédie de Montpellier, pour six dates qui font salle comble. Dans la proposition de l'artiste florentine, Violetta est une actrice qui prend régulièrement place sur la petite scène, en fond de plateau, et qui sera plus que jamais la malheureuse victime d’une société qui la repousse et la condamne.

Avant sa mort, Violetta reproduira en fin d’opéra les mouvements de contorsion de la danseuse, vus au ralenti pendant le prélude. La metteuse en scène laisse mourir Violetta seule sur scène, Alfredo et Giorgio Germont accourus in extremis restant invisibles, la chanteuse donnant la réplique à son amant rêvé ou fantasmé au cours du duo « Parigi, o cara ». Ce choix original d’une mort solitaire du personnage, non entouré par les siens, renforce la noirceur du drame, la dernière image de Violetta qui s’incline vers une rangée d’hommes à chapeaux haut-de-forme étant particulièrement poignante.
D’autres options sont sans doute moins bienvenues, comme au deuxième acte quand les domestiques amènent le service à thé pendant le duo entre Violetta et Germont, les huissiers emportant ensuite un à un les différents objets, ce passage habituellement d’une grande force tragique se teintant alors d’un petit comique hors de propos. Les variations sur le genre également – bohémiennes à moustache et matadors en jupe – pendant la fête chez Flora du même acte, font davantage sourire que provoquer réflexion.
La distribution vocale est emmenée par la touchante Violetta Valéry de Ruzan Mantashyan. Sa voix d’une belle pulpe est égale en qualité sur toute la tessiture, en particulier dans des graves bien exprimés. L’instrument est assez souple pour les passages d’agilité, quoique les dernières vocalises du « Sempre libera » sont un peu plus approximatives et le contre-mi bémol non tenté en fin d’air. Les deux actes suivants sont prenants, la chanteuse variant entre certains aigus enflés puissamment et d’autres moments en mezza voce, comme dans « Dite alla giovine » ou « Addio del passato » avant sa mort.
En Alfredo, Omer Kobiljak est un ténor agréable, à l’intonation précise. « De’ miei bollenti spiriti » à l’entame de l'acte II est élégant et bien conduit, aux notes graves un peu moins sonores toutefois. Il donne des accents volontaires à la cabalette qui suit et évite, lui aussi, l’aigu final. Le baryton Gezim Myshketa en Giorgio Germont se montre un peu moins homogène ; sa voix est intrinsèquement d’un noble grain et bien timbrée, mais elle rencontre de petits moments faibles. C’est vrai pour la deuxième strophe de son grand air « Di Provenza il mar, il suol » puis dans la cabalette qui suit, où il paraît avoir laissé des forces précédemment.
Actuel directeur musical de l'Opéra Orchestre National de Montpellier Occitanie, le chef Roderick Cox mène sa phalange à bon port, animant la partition avec un goût sûr des tempos et des nuances. On déplore en revanche la coupure des reprises dans les airs, depuis « Ah, fors'è lui » jusqu’à « Addio del passato », privés donc de deuxième strophe. Sujet récurrent à l’Opéra Comédie, l’acoustique surpuissante de la fosse est souvent en limite de couvrir les solistes et choristes sur le plateau. Si le Chœur de l’Opéra national Montpellier Occitanie contribue également avec qualité à la soirée, c'est bien Ruzan Mantashyan qui aura marqué les esprits, le public se levant aux saluts pour lui faire une ovation.
Le déplacement d'Irma a été pris en charge par l'Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie.


