En 2016, on célébrera les 25 ans de l’ensemble Concerto Copenhagen jouant sur instruments d’époque. Dirigé depuis 1999 par Lars Ulrik Mortensen, l’ensembleconnu aussi sous le nom de Co-Co – n’a cessé d'affermir sa position au sein du paysage musical. Comme le précise Mortensen, « l’ensemble est le “produit musique classique” danois qui s’exporte le mieux. Ces dix dernières années, aucun autre ensemble danois ne s’est produit à la Musikverein de Vienne, au Vienna Konzerthaus, au Concertgebouw d’Amsterdam, au Royal Albert Hall, à la Librairie du Congrès à New York et dans des salles de concert en Chine et au Japon ! » À l’approche de cet anniversaire, Mortensen revient sur l'histoire de l'ensemble et sur les moments phares de cette année particulière.

Quand j’évoque combien l’interprétation sur instruments anciens à changer ces 25 dernières années, Mortensen répond avec enthousiasme que l’interprétation doit être nouvelle chaque jour : « j’espère que j’interpréterai Bach et Vivaldi légèrement différement aujourd’hui que je ne l’ai fait hier ! » précise-t-il. « L’interprétation musicale est une chose vivante et organique, ce n’est pas reproduire sans altération ce que vous avez fait invariablement jusqu’à aujourd’hui. » Mortensen reconnaît toutefois que les choses ont changé dans le monde de la musique ancienne. « Je crois que partout dans le monde – et assurément en Scandinavie – le niveau général s’est amélioré considérablement ces dix dernières années environ. Les interpètes jouent mieux, plus de personnes sont intéressées et impliquées dans l’interprétation historiquement informée et même le Co-Co, à l'heure actuelle, parvient à recruter localement et n’est plus aussi dépendant de “l’importation” depuis l’Europe continentale comme ce fut le cas dans le passé. Mais aussi notre familiarité avec le répertoire a évolué et s’est améliorée. En 1999, je commençais à peine à diriger et je me sens aujourd’hui sur un terrain beaucoup plus sûr en ce qui concerne ma compréhension de la musique et sur les moyens dont je dispose pour la réaliser musicalement. »

Après 17 années à la tête de l’ensemble, Mortensen compte derrière lui un grand nombre de réussites, dont la première interprétation au Danemark d’un opéra de Haendel sur instruments d’époque, Giulio Cesare en 2002 (redonné en 2005), ou encore l’interprétation de Partenope au Royal Albert Hall dans le cadre des BBC Prom. « Mais ce dont je suis probablement le plus fier est simplement le fait que nous soyons toujours là après 25 ans d’activité et il semble que nous soyons bien partis pour continuer. Dans un environnement comme le Danemark où les financements publics sont réservés aux grands orchestres – parmi lesquels nous comptons – et où le financement de la culture est fortement dépendant du privée, nous sommes parvenus à traverser 25 années tout en ayant été capables d’améliorer continûment notre niveau et d'augmenter le nombre de nos concerts. Je suis extrêmement fier du fait que notre engagement pour la musique ancienne et la musique classique en général demeure intact. »

Les représentations d’opéras de Haendel données par le Co-Co se sont faites dans le cadre d’une coopération très fructueuse avec l’Opéra Royal de Copenhague où le Co-Co interprète chaque saison un opéra baroque. « Au fil des années, cette collaboration s’est concrétisée au travers d’opéras de Haendel, de Monteverdi (Ulysses et Poppea) et nous nous sommes aussi aventurés dans le répertoire mozartien (La clemenza di Tito, Don Giovanni). Si cette collaboration continue, nous donnerons The Fairy Queen de Purcell cet automne à Copenhague et il y a aussi de nombreux projets pour continuer cette collaboration dans le futur. Parallèlement à tout cela, nous avons entrepris nos propres projets d’opéras baroques. Nous avons monté Ottone in Villa de Vivaldi l’année dernière et il y a encore d'autres projets de production. »  

Y a-t-il une dichotomie, je me demandais, entre un ensemble jouant sur instruments d’époque, cherchant a recréer fidèlement la musique selon les intentions du compositeur et une mise en scène prenant plus de libertés avec le livret ? Mortensen n’en est pas certain. « Je ne crois pas qu’il y ait une dichotomie entre une manière de jouer et les libertés qu’un metteur en scène doit prendre – et il en est assurément autorisé – avec la représentation. »

« Bien sûr, nous jouons sur des instruments d’époque et nous utilisons des conventions stylistiques en vigueur au moment où la musique fut composée, mais je dois dire très clairement que notre but n’est pas de recréer sur instruments anciens une prétendue copie de ce que Bach ou Haendel ont pu souhaiter. Nous n’en savons rien. Notre principal but artistique et musical est certainement de créer un monde musical qui est de notre temps, non un musée mais un second tableau qui soit pertinent et qui puisse toucher l’auditoire du 21e siècle. Ainsi nous cherchons à être beaucoup plus moderne que ce qui se fait sur le marché. »

pbl
pbl

« Ce qui m’a surpris parfois est quand il y a un creux dans l’histoire – ou les sous-titres de l’histoire si vous préférez – creux que la musique explicite mais qui n’apparaît pas sur scène. Selon moi, ce n’est pas tellement une question liée aux modes ou à l’apparence de la représentation – ceci étant dit, je serais ravi de monter une représentation baroque authentique à 100%, nous ne l’avons jamais fait – mais je ne crois pas que lorsque la mise en scène est intelligente et ouverte il y ait un conflit avec la sonorité et le ressenti véhiculé par la musique. »

Le Concerto Copenhagen ne s’intéresse pas uniquement à la musique baroque. Mortensen est clairement ravi qu’il y ait des travaux en cours pour explorer les œuvres de compositeurs nordiques. « Nous avons toujours senti une obligation au sein du Co-Co de nous concentrer sur la musique baroque scandinave et la musique scandinave en général. Ces dernières années, nous avons fait cela pour la musique baroque et le début de la période classique en interprétant beaucoup le compositeur suédois Johan Helmich Roman (parfois appelé le “Haendel suédois”) qui est une figure historique et musicale importante en Scandinavie. Nous avons joué des œuvres classiques composées par des compositeurs nordiques – symphonies de Friedrich Kunzen, Johann Schulz et Paolo Scalabrini (un Italian qui s’installa au Danemark en 1747). Nous commençons à explorer un répertoire plus récent encore et en 2017 nous interpréterons des compositeurs romantiques danois tel Niels Gade qui fut l’assistant de Mendelssohn au Gewandhaus de Leipzig et une figure importante au 19e siècle. Nous avons aussi interprété les symphonies de Georg Gerson, un compositeur danois du début de la période romantique qui est cher à mon cœur. Cette aventure en terre inconnue avec toutes les questions et challenges qu’elle soulève est certainement une orientation pour laquelle nous accorderons une plus grande importance dans les années à venir. »

« L’année 2016 est partie pour être la plus chargée de toute l’histoire du Co-Co ! » déclare Mortensen. « Nous commencerons en janvier avec Israel in Egypt de Haendel avec le Dutch Chamber Choir à Copenhague et au Konzerthaus de Vienne. Une longue tournée est prévue par la suite – la Passion selon Saint Jean en Allemagne, au Danemark et en Chine qui comprend également la reprise du tout premier programme du Concerto Conpenhagen en 1999, ce qui sera amusant. Durant l’été, nous avons prévu une série de concerts anniversaires au Tivoli concert hall à Copenhague, avec au programme un large échantillon de formations musicales afin de donner une idée des activités du Co-Co et de la philosophie musicale qui nous anime. »

Pour l’agenda complet du Co-Co, cliquez ici.

Cet article a été sponsorisé par le Concerto Copenhagen.